Pour le président ivoirien, 2025 restera comme une année test pour la démocratie nationale. La présidentielle du 25 octobre, suivie des législatives du 27 décembre, ont rythmé la vie politique dans un climat marqué par de fortes attentes et des tensions ponctuelles. Alassane Ouattara s’est félicité du déroulement global des scrutins, saluant « la maturité démocratique de notre Nation » et l’attachement des Ivoiriens « à la paix, à la stabilité et au développement ». Réélu à une large majorité, puis conforté par la victoire de sa coalition aux législatives, il voit dans ces résultats une adhésion majoritaire à sa vision pour la Côte d’Ivoire.
Un constat que le président n’a toutefois pas dressé sans réserve. Il a reconnu les violences enregistrées dans certaines localités à la suite des contestations liées à son quatrième mandat et à l’exclusion de figures majeures de l’opposition du processus électoral. Onze morts, 71 blessés, plus de 1 600 interpellations et d’importantes destructions de biens ont été recensés. « La démocratie et la prospérité ne peuvent se construire dans la violence », a-t-il martelé, appelant à la consolidation de l’État de droit et de l’ordre constitutionnel. Un message qui sonne aussi comme un avertissement adressé à l’opposition et aux acteurs politiques tentés par la confrontation de rue.
Au-delà du bilan électoral, le chef de l’État a surtout voulu projeter le pays dans l’avenir. Son nouveau quinquennat, a-t-il assuré, sera placé sous le signe de la paix, de la sécurité et de la cohésion nationale, avec une attention accrue aux populations les plus vulnérables. « Je réaffirme mon engagement à poursuivre la construction d’une Grande Côte d’Ivoire, ambitieuse et solidaire », a-t-il déclaré, évoquant l’instauration d’un nouveau contrat social entre l’État et les citoyens.
Sur le plan économique, la ligne reste résolument dans la continuité. Les grands chantiers d’infrastructures demeurent prioritaires, notamment dans les domaines routier, ferroviaire, énergétique et hydraulique. Le président a insisté sur l’accélération de l’industrialisation et de la transformation agro-industrielle afin de créer davantage de valeur ajoutée et d’emplois. Dans cette dynamique, un recensement des localités non encore desservies en eau potable et en électricité sera lancé avant fin mars 2026, en vue de programmer les extensions nécessaires.
Le discours marque néanmoins une inflexion sur la question des services publics. Après des années d’investissements massifs, l’exécutif entend désormais améliorer la qualité, l’accessibilité et l’efficacité des services offerts aux citoyens. « Le service public doit devenir un véritable partenaire du citoyen », a insisté Alassane Ouattara, promettant plus de transparence et des mécanismes d’évaluation réguliers, alors que les critiques sur la santé, l’éducation ou l’administration demeurent récurrentes.
Le secteur privé est, de son côté, présenté comme un levier central de la croissance. Le gouvernement prévoit de renforcer le contenu local, notamment dans les villes secondaires, afin de stimuler l’entrepreneuriat national et de mieux intégrer les entreprises ivoiriennes dans les chaînes de valeur régionales et internationales. La rigueur budgétaire, la bonne gouvernance et la lutte contre le blanchiment de capitaux restent des priorités affichées.
Sur le plan social, le président a adressé plusieurs signaux attendus. Les jeunes et les femmes restent au cœur des politiques publiques, à travers le Programme social du gouvernement et le Programme jeunesse. Il a également annoncé le versement, dès janvier 2026, de la prime spéciale de fin d’année aux fonctionnaires, équivalente aux deux tiers du salaire indiciaire de base.
Enfin, dans un contexte régional marqué par des menaces sécuritaires persistantes, Alassane Ouattara a réaffirmé que la sécurité demeure un pilier de l’action gouvernementale. Il a salué l’engagement des Forces de défense et de sécurité et annoncé une mesure de clémence, avec une grâce collective et des remises de peine permettant la libération de 4 656 détenus condamnés pour des infractions mineures.
En refermant la page électorale, le président ivoirien tente ainsi de fixer un cap clair : consolider la paix, améliorer le quotidien des populations et préparer l’avenir. Reste désormais l’épreuve de la mise en œuvre, dans un pays où les attentes sociales demeurent élevées et la cohésion encore fragile.
Axel KONE