Au début, il y avait l’audace. En 2017, un inconnu de 39 ans pulvérisait les partis traditionnels et faisait souffler un vent d’espoir. Macron promettait une France modernisée, réconciliée, réformatrice. On le surnommait “Jupiter”, dieu des dieux, au-dessus des querelles. Huit ans plus tard, le tonnerre s’est éteint. Le chef de l’État ne commande plus aux nuées : il bataille dans la brume.
La verticalité du pouvoir, censée être sa force, est devenue sa prison. Les réformes – retraites, institutions, écologie – ont suscité plus de rancune que d’adhésion. Et le président, jadis incarnation du dépassement des clivages, se retrouve aujourd’hui isolé, pris entre l’extrême droite triomphante et une gauche fracturée.
Une France fatiguée, une Europe inquiète
Le constat du Times est cruel : le déclin de Macron dépasse le simple échec d’un mandat. Il révèle le vide stratégique d’une Europe qui perd l’un de ses derniers leaders à portée visionnaire. L’Allemagne, fragilisée par l’ère post-Merkel et ses hésitations énergétiques ; l’Italie, ballottée entre populisme et rigueur budgétaire ; la Grande-Bretagne, coupée du continent aucun ne semble aujourd’hui en mesure de porter le flambeau.
Or, depuis De Gaulle et Adenauer, le couple franco-allemand a toujours été la clé de voûte de l’Europe. Si Paris chancelle, Berlin tremble. Si la France se replie, l’Union vacille. Ce lien, déjà distendu, pourrait se rompre sous le poids des divisions internes françaises et de la montée du nationalisme européen.
“Mais où est Charles de Gaulle quand on a besoin de lui ?” demande ironiquement The Times. La réponse est connue : à Colombey-les-Deux-Églises, sous une dalle modeste. Pourtant, le souvenir du Général hante toujours la Ve République. Il avait redonné à la France confiance et stature, transformant le chaos en autorité. Aujourd’hui, sous Macron, le pays paraît à nouveau en quête de sens et d’unité.
La comparaison est cruelle, mais inévitable. Là où De Gaulle bâtissait, Macron gère. Là où le Général incarnait la continuité d’un destin, le président actuel semble incarner la fin d’une illusion centriste : celle d’une Europe apaisée, gouvernée par la raison et la réforme.
Le crépuscule d’un leadership
Le “chant du cygne” d’Emmanuel Macron, c’est celui d’un homme qui croyait pouvoir refonder l’Europe à partir de Paris, mais que l’usure du pouvoir et la colère sociale ont ramené à la réalité. L’échec de son pari réformiste n’est pas seulement personnel : il ouvre un vide politique où prospèrent les forces qu’il prétendait neutraliser.
Et si ce vide s’étend au-delà des frontières françaises, alors c’est toute l’Europe qui risque d’en payer le prix. Car lorsque le phare s’éteint à Paris, c’est le continent tout entier qui avance dans la pénombre.
J.F.PAGNI