Emmanuel Macron est plus seul que jamais. Le président de la République n’est plus seulement sous la pression des oppositions, il est aussi lâché par les principaux responsables de son camp. Ceux-là mêmes dont il a permis l’éclosion politique en les nommant Premiers ministres.
Gabriel Attal a été le premier à dégainer, en affichant sa prise de distance avec le président de la République, dont il dit ne plus « comprendre les décisions ». Il était ce mardi matin sur France Inter : « Les décisions ont, le plus souvent, donné le sentiment d’au contraire, ne pas vouloir partager le pouvoir. Alors que, tout dans les résultats de la dissolution de 2024 invite quand même à partager le pouvoir. » Une mise en cause directe de la méthode d’Emmanuel Macron.
Édouard Philippe va encore plus loin… Lui qu’Emmanuel Macron avait nommé à Matignon en 2017 demande, sur RTL, au président d’organiser son départ anticipé de l’Élysée : « Il me semble qu’il s’honorerait si, par exemple, il proposait un nom de Premier ministre avec pour fonction de construire un budget, de le faire adopter. Et, qu’à l’issue, il annonce qu’il organise une élection présidentielle anticipée. C’est-à-dire qu’il part immédiatement après. »
La présidentielle de 2027, tant Gabriel Attal qu’Edouard Philippe l’ont en tête, aussi estiment-ils que pour survivre politiquement, ils doivent, dès maintenant, tirer sur Emmanuel Macron.
Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a déploré mardi que la chute du gouvernement de Sébastien Lecornu, provoqué par le président du parti Bruno Retailleau, ait « abîmé l’image » de « stabilité et de responsabilité » qu’incarnait son parti, lors d’une réunion de son groupe, a indiqué à l’AFP un participant. « J’étais favorable à ne pas participer (à l’exécutif), mais ce n’est pas pareil que de censurer ou de faire tomber un gouvernement », a expliqué l’élu de Haute-Loire qui avait effectivement affirmé dimanche que « les conditions n’étaient pas réunies » pour que les LR rejoignent Sébastien Lecornu.
Le ministre de l’Intérieur démissionnaire, Bruno Retailleau, qui avait provoqué la crise en menaçant dimanche soir de quitter ce gouvernement pour notamment protester contre le retour de Bruno Le Maire en son sein — après avoir semblé valider son renouvellement à l’Intérieur -, tente péniblement d’expliquer son geste. Du côté des Républicains (LR), on ne le cache pas, « la séquence n’est pas facile ».
Depuis la dissolution, LR se présentent comme un parti responsable. Ce mardi matin encore, Bruno Retailleau l’a dit sur Europe 1 : « Nous avons été le facteur de stabilité. Si nous sommes entrés au gouvernement, c’est pour deux raisons. La première, c’était pour éviter le chaos, la deuxième, pour éviter la gauche mélenchoniste à l’Élysée. » Mais comment crédibiliser ce discours après avoir provoqué la situation actuelle ? « On me cache l’essentiel du remaniement. Il y a une sorte de rupture de confiance, il y a une tentative du président de la République d’assujettir le nouveau gouvernement », se justifie le locataire de Beauvau qui dénonce des manœuvres de l’Élysée. Avant d’acter la fin du « socle commun » : « Aujourd’hui, je dis qu’il y a deux choses différentes. Il y a un bloc central et il y a LR. »
Sans pour autant annoncer franchement son retour dans l’opposition. Le parti est prêt à rester aux affaires, déclare Bruno Retailleau, « à une condition : que ce soit un gouvernement que j’appellerais de ‘cohabitation’ ». De quoi brouiller encore un peu plus le message d’un parti ne détenant que 50 députés, qui n’appelle pas à la dissolution, ni à la démission. Et dont le chef, aux ambitions présidentielles, cherche depuis seize mois à se démarquer du macronisme, tout en restant aux affaires.
Avec RFI