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En toile de fond : l’accès aux richesses pétrolières syriennes, que les États-Unis lorgnent déjà via de nouveaux accords. La lutte contre le terrorisme ? Supplantée par les intérêts géostratégiques. Une trahison froide, maquillée en realpolitik.
Ancien chef djihadiste, Ahmed al-Sharaa, alias Abou Mohammed al-Joulani, est aujourd’hui à la tête de la Syrie. Malgré son passé au sein d’Al-Qaïda et du Front al-Nosra, il est désormais courtisé par les puissances occidentales, dont la France et les États-Unis, qui cherchent à stabiliser la région. Cette normalisation soulève des questions sur les principes et les intérêts géopolitiques en jeu.
Né en exil à Riyad en 1982, Ahmed al-Sharaa s’est radicalisé en Irak dans les années 2000, rejoignant Al-Qaïda puis l’État islamique. Capturé par les forces américaines en 2006, il est libéré en 2011 et devient le leader du Front al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda. En 2017, il dissout ce groupe pour former Hayat Tahrir al-Sham (HTS), cherchant à se distancier de ses affiliations terroristes passées. En décembre 2024, après treize ans de guerre civile, le régime de Bachar al-Assad s’effondre, laissant place à HTS comme force dominante en Syrie. Ahmed al-Sharaa devient alors le dirigeant de facto du pays.
Malgré son passé controversé, Ahmed al-Sharaa est désormais reçu par les dirigeants occidentaux. Le président français Emmanuel Macron l’a accueilli à l’Élysée, justifiant cette rencontre par la nécessité de stabiliser la Syrie. De son côté, le président américain Donald Trump a levé les sanctions économiques contre la Syrie et a rencontré Sharaa à Riyad, saluant son engagement pour une gouvernance inclusive et la lutte contre l’influence iranienne.

Une normalisation critiquée

Cette réhabilitation suscite de vives réactions. Des membres de l’opposition française dénoncent une trahison des valeurs républicaines et une insulte aux victimes du terrorisme. Par ailleurs, des manifestations ont eu lieu à Paris, rassemblant des membres des minorités syriennes opposés à la présence de Sharaa en France. Malgré ses efforts pour se présenter comme un dirigeant modéré, Ahmed al-Sharaa reste une figure controversée. Les États-Unis maintiennent HTS sur leur liste des organisations terroristes, et des rapports font état de violations des droits de l’homme dans les zones contrôlées par le groupe.
La reconnaissance d’Ahmed al-Sharaa par les puissances occidentales illustre les dilemmes de la diplomatie internationale, où les impératifs de stabilité et de sécurité peuvent conduire à des compromis avec des acteurs au passé trouble. Cette situation soulève des questions sur les limites de la realpolitik et les valeurs que les démocraties sont prêtes à défendre ou à sacrifier.

J.F.PAGNI

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