« Un président ne devrait pas dire ça… » Cette remarque formulée en 2016 par les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme à propos de François Hollande trouve aujourd’hui un écho saisissant à Washington. Depuis le 20 janvier 2025, date de sa seconde investiture, Donald Trump enchaîne les provocations verbales à un rythme inédit. En un an, les outrances se sont accumulées au point de banaliser l’inacceptable.
Rien de totalement nouveau, toutefois. Avant même son premier mandat, le New York Times avait recensé plus de 1 500 insultes proférées par Donald Trump sur Twitter. Durant ses années précédentes à la Maison Blanche, il avait déjà qualifié Haïti et plusieurs pays africains de « pays de merde », traité Kim Jong-un de « chiot fou » ou encore attaqué frontalement le maire de Londres, Sadiq Khan, et les migrants mexicains. Mais depuis son retour au pouvoir, la machine s’est emballée.
« Fuck you ! » en public, doigt d’honneur à l’appui
Le dernier épisode en date s’est déroulé le 13 janvier, lors d’une visite d’une usine Ford dans le Michigan. Invectivé par un ouvrier qui l’accusait de protéger des pédocriminels en raison de ses liens passés avec Jeffrey Epstein, Donald Trump a répliqué par un cinglant « Fuck you ! », accompagné d’un doigt d’honneur. L’employé a été suspendu par l’entreprise, tandis que la Maison Blanche a justifié la réaction présidentielle, parlant d’une réponse « appropriée ».
Pour Jérôme Viala-Gaudefroy, spécialiste de la civilisation américaine, ce type de séquence « plaît à la base électorale MAGA ». « Trump répond sur le même ton, casse les codes et s’affranchit du politiquement correct. C’est précisément ce que recherche son électorat le plus dur », analyse-t-il.
Injures sexistes et hostilité envers les journalistes
Les femmes journalistes figurent parmi les cibles privilégiées du président. À bord d’Air Force One, il intime à Catherine Lucey, journaliste de Bloomberg, de se taire, la traitant de « petite truie ». Face à Nancy Cordes (CBS), il lance : « Êtes-vous stupide ? ». En novembre 2025, après un article du New York Times évoquant sa fatigue et son âge, il s’en prend violemment à la rédaction, qualifiant le journal de « torche-cul » et insultant personnellement la journaliste Katie Rogers.
« Trump cible particulièrement les femmes », souligne Jérôme Viala-Gaudefroy. « L’insulte devient un outil de domination, une manière d’affirmer une masculinité agressive et de disqualifier toute contradiction. »
Institutions attaquées, contre-pouvoirs fragilisés
Donald Trump n’épargne pas non plus les institutions. Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, est devenu l’une de ses têtes de Turc. Qualifié d’« idiot » et de « trop stupide pour ce poste », Powell est menacé de poursuites judiciaires pour avoir résisté aux pressions présidentielles sur les taux d’intérêt, mettant à l’épreuve l’indépendance de la banque centrale américaine.
Propos racistes et stigmatisation internationale
Sur la scène internationale, le président américain multiplie les déclarations choquantes. La Somalie est décrite comme un pays « pourri », peuplé de « déchets ». Le Lesotho est balayé d’un revers de main comme un État « dont personne n’a jamais entendu parler ». L’Afrique du Sud est accusée, sans preuve, de mener un « génocide » contre les Afrikaners blancs. Ces propos s’inscrivent dans une rhétorique racialisée assumée, où l’immigration est présentée comme une menace existentielle. « Trump n’a pas de limites », estime Jérôme Viala-Gaudefroy. « Aucun président américain moderne ne s’est exprimé de cette manière. Ce langage populiste donne l’illusion d’un parler vrai, même lorsqu’il repose sur des mensonges. »
Menaces contre l’Europe et alliés historiques
Plus inquiétant encore, cette brutalité verbale s’étend désormais aux alliés traditionnels des États-Unis. Le Danemark et la Norvège ont été directement visés dans le dossier du Groenland, territoire autonome convoité par Donald Trump. Le président n’a pas exclu le recours à la force ou à la coercition économique pour en prendre le contrôle, allant jusqu’à affirmer que « le monde ne sera pas en sécurité » sans domination américaine sur l’île.
Dans une lettre au Premier ministre norvégien, Donald Trump a également lié ses menaces à son ressentiment personnel, évoquant son échec à obtenir le prix Nobel de la paix. Une diplomatie personnalisée, fondée sur la pression et l’humiliation. « Tout tourne autour de lui », résume Jérôme Viala-Gaudefroy. « La menace et l’insulte sont pour Trump des démonstrations de puissance. Elles lui permettent d’humilier sans risque, depuis la position du dirigeant du pays le plus puissant du monde. »
Un an après son retour, ce style agressif n’est plus une anomalie, mais une méthode. Et ses conséquences, elles, dépassent largement le simple registre des mots.
J.F.PAGNI