« C’est le cœur lourd et rempli d’incompréhension que je fais ce constat : sept années ont passé, et le président Alassane Ouattara n’a toujours pas tendu la main à son cadet Guillaume Soro pour sceller définitivement la paix », déplore-t-il.
Pour Mamadou Traoré, une éventuelle réconciliation ne saurait toutefois être conditionnée à un reniement politique. Il rejette notamment l’idée que Guillaume Soro doive rejoindre le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) ou renoncer à ses ambitions présidentielles en échange d’un rapprochement avec le chef de l’État. « Le dialogue oui, le reniement non. Je veux sincèrement que le président Alassane Ouattara et Guillaume Soro fument le calumet de la paix. Mais ce rapprochement doit se faire dans le respect mutuel, la courtoisie et la dignité », affirme-t-il.
Une rupture née en 2019
Le différend entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro remonte à 2019, après plusieurs années de collaboration politique. Alors président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro s’était opposé à son intégration au RHDP, alors en cours de structuration comme parti unifié. Il avait quitté la présidence du Parlement en février 2019, avant de partir en exil quelques mois plus tard. Cette rupture a mis fin à l’alliance entre Alassane Ouattara et l’un de ses principaux alliés dans la conquête du pouvoir. Depuis, Guillaume Soro vit hors de Côte d’Ivoire et reste confronté à des procédures judiciaires dans son pays.
Un premier contact direct entre les deux hommes avait toutefois été établi en 2024. Alassane Ouattara et Guillaume Soro avaient échangé par téléphone après la libération de Souleymane Kamaraté, l’un des proches de l’ancien chef de la rébellion des Forces nouvelles. Cette conversation n’avait cependant pas débouché sur une normalisation durable de leurs relations.
« La réconciliation ne doit pas être une capitulation »
Tout en appelant de ses vœux un rapprochement entre son mentor et le président de la République, Mamadou Traoré se montre catégorique sur les conditions de cette éventuelle réconciliation. « Je refuse catégoriquement que mon leader s’humilie, crache sur ses ambitions présidentielles ou brade l’avenir du GPS pour obtenir cette réconciliation », écrit-il, en référence à Générations et peuples solidaires (GPS), le mouvement politique de Guillaume Soro.
Le responsable prend également ses distances avec ceux qui, selon lui, ont défendu par le passé l’idée d’un dialogue avec Guillaume Soro avant de rejoindre le RHDP. « Ceux des nôtres qui ont prétendu prôner le dialogue par le passé n’ont cherché qu’une chose : pousser Guillaume Soro à capituler, à adhérer au RHDP et à signer son arrêt de mort politique », accuse-t-il.
Mamadou Traoré assure pour sa part que sa démarche repose sur des convictions personnelles. « Je suis un homme de conviction, pas un idolâtre », souligne-t-il. Pour l’ancien directeur général de l’Institut national de formation sociale (INFS), la paix politique ne peut donc reposer sur la capitulation de l’un des protagonistes. « On ne bâtit pas une paix durable sur l’assignation à genoux d’un adversaire politique », estime-t-il.
Son appel vise ainsi à encourager Alassane Ouattara et Guillaume Soro à renouer le dialogue, dans un cadre fondé sur le respect mutuel et sans exiger de l’un ou de l’autre qu’il renonce à ses positions politiques.
E.KOUAKOU