Dans l’hémicycle, les mots claquent. « Agressions illégales », « guerre qui sape le droit international », « silence complice ». Le conflit, qui s’étend de Gaza au Liban jusqu’à l’Iran, n’est pas seulement analysé comme une crise régionale. Il est présenté comme un test majeur pour la crédibilité de la France. Et pour l’instant, selon eux, la France échoue.
« Une diplomatie absente, un Parlement muselé »
Premier grief : l’absence de cap. Les députés dénoncent une diplomatie française « inexistante », incapable de nommer clairement les responsabilités. Pour eux, la ligne devrait être limpide : les États-Unis et le gouvernement de Benjamin Netanyahou portent la responsabilité centrale de l’escalade. Au lieu de cela, accusent-ils, l’exécutif temporise, contourne, évite.
Pire encore, le Parlement aurait été tenu à l’écart. « Privé de son pouvoir de contrôle », disent-ils, pendant que la guerre s’intensifie. Le débat arrive tard, trop tard, alors que les bombardements se multiplient et que le conflit s’étend.
C’est sur Gaza que les mots deviennent les plus durs. Les députés parlent ouvertement de « génocide ». Ils décrivent un territoire ravagé, une population « pourchassée, expulsée », des morts qui s’accumulent sous les caméras du monde entier. Et face à cela ? « Paris condamne, mais Paris ne sanctionne jamais. »
La critique est directe : contrairement à la guerre en Ukraine, aucune série de sanctions massives, aucun embargo sur les armes, aucune rupture nette. Ce décalage alimente une accusation centrale : celle d’un « deux poids, deux mesures ».
Mathilde Panot pose la question qui structure toute leur charge politique :
« La vie d’un Palestinien vaut-elle moins que celle d’un Ukrainien ? »
Au Liban, les députés décrivent un pays « promis à l’anéantissement », bombardé, vidé de ses habitants. Là encore, ils dénoncent l’inaction française, malgré une histoire commune et des liens anciens. Ils rappellent une autre époque, une autre posture. Celle d’une France capable de s’engager, de protéger, de peser. Aujourd’hui, selon eux, cette voix a disparu.
Même constat pour l’Iran. Les frappes, les représailles, l’embrasement régional : tout cela, disent-ils, aurait dû conduire la France à s’opposer clairement à l’escalade. Au lieu de cela, elle s’enfermerait dans une posture ambiguë, officiellement défensive, mais en réalité alignée. Car derrière les discours, ils pointent des actes : bases militaires ouvertes, avions américains autorisés à opérer, implication indirecte dans une dynamique de guerre.
C’est peut-être l’accusation la plus lourde : la France aurait abandonné sa tradition d’indépendance. Les députés évoquent une rupture avec l’héritage diplomatique français, celui du non-alignement, de l’équilibre, d’une voix capable de dire non. Aujourd’hui, selon eux, Paris suit Washington.
Et ce choix aurait un prix. Un prix géopolitique, mais aussi économique. Car la guerre déborde déjà sur le quotidien : explosion des prix de l’énergie, choc pour les entreprises, pression sur les classes populaires. Là encore, ils dénoncent des réponses insuffisantes, « cosmétiques », loin de l’ampleur de la crise.
Droit international à géométrie variable
Au fond, toutes les critiques convergent vers une même idée. Le droit international ne serait plus appliqué de manière universelle, mais sélective. Pourquoi des sanctions massives contre la Russie, et aucune contre Israël malgré les accusations de crimes graves ? Pourquoi une mobilisation totale dans un cas, et des condamnations sans effet dans l’autre ?
Pour La France insoumise, cette incohérence détruit la crédibilité de la France. Et au-delà, celle de l’ordre international lui-même.
J.F.PAGNI