|
Getting your Trinity Audio player ready...
|
Tout est allé très vite dans la capitale malgache. Mardi, les militaires annonçaient prendre le contrôle du pays. Ce vendredi matin, le colonel Randrianirina prêtait serment comme « président de la refondation de la République ». Lors de la cérémonie, il a déclaré : « Ce jour représente un moment historique pour notre pays. Avec un peuple déterminé par le changement et par l’amour de sa patrie, nous ouvrons avec espoir un nouveau chapitre de la vie nationale ».
Dans la salle, on pouvait voir des officiers militaires, des responsables politiques, des représentants de la Génération Z et plusieurs délégations étrangères, dont celles des États-Unis, de l’Union européenne, de la Russie et de la France. Le nouveau président a remercié la jeunesse malgache pour son rôle dans les manifestations qui ont conduit au départ d’Andry Rajoelina. « Nous allons collaborer avec toutes les forces vives de la nation pour préparer une nouvelle Constitution et discuter des prochaines élections », a-t-il assuré.
La veille de son investiture, une foule importante se pressait devant le camp militaire du Capsat, où le colonel avait établi son quartier général. Des personnes venaient lui exposer leurs problèmes, déposer des CV ou simplement lui présenter leurs respects. Jeudi, on voyait encore le colonel en treillis militaire, avec son gilet pare-balles et son béret vert. Vendredi, pour la cérémonie officielle, il avait revêtu un costume civil. Un changement d’habit qui symbolisait sa transition du militaire au chef d’État. Beaucoup de Malgaches ont découvert le visage de cet officier lorsqu’il a appelé, samedi dernier, les forces de sécurité à ne pas utiliser leurs armes contre les manifestants.
Le colonel Randrianirina, lui, a invité les autres États à « accompagner Madagascar dans son processus de refondation ».
Pourtant, son parcours est plus ancien. Critique envers le président Rajoelina, il avait été emprisonné entre 2023 et 2024 pour « incitation à la mutinerie », avant d’être libéré en février 2024. Originaire du sud du pays, de la région de l’Androy, Michaël Randrianirina a commandé le bataillon d’infanterie de Tuléar avant de devenir gouverneur de sa région entre 2016 et 2018. Un journaliste local qui le connaît bien le décrit comme « un homme humble et modeste, capable de rassembler et qui sait écouter ».
L’investiture du colonel Randrianirina marque une nouvelle étape dans la crise que traverse Madagascar depuis le début des manifestations de la Génération Z, fin septembre. Ces mouvements de protestation avaient initialement pour motif les coupures d’eau et d’électricité, avant de se transformer en rejet plus large du pouvoir en place. Dans son discours, le nouveau président a reconnu les difficultés du pays : « Soixante-cinq ans après son indépendance, Madagascar reste parmi les pays les plus pauvres du monde. Cette situation a réveillé la conscience d’une jeunesse courageuse qui espère un avenir meilleur ». Il a dénoncé « l’obscurité » dans laquelle le pays serait resté pendant des années, promettant de « réparer les préjudices subis par les victimes » durant la répression des manifestations.
La cérémonie d’investiture elle-même envoyait des signes symboliques. C’était la première fois qu’une prestation de serment se déroulait à la Haute Cour constitutionnelle, et non dans un stade. Le nouveau président est arrivé en costume, mais dans un véhicule blindé, entouré de militaires. Alors que des consultations ont eu lieu avec les leaders de la contestation ces derniers jours, des questions persistent sur la suite des événements. Un petit rassemblement s’est formé devant la Cour constitutionnelle pendant la cérémonie, rappelant au nouveau pouvoir que la population reste attentive à ses actes. La communauté internationale, par la voix de l’Union européenne, a appelé au « dialogue entre toutes les parties » et au retour « aux valeurs démocratiques ».
Le colonel Randrianirina, lui, a invité les autres États à « accompagner Madagascar dans son processus de refondation ». Maintenant commence pour lui le travail de concrétisation des promesses faites à une jeunesse en attente de changement.
Source RFI