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Ce choix ne fait pas l’unanimité en Europe. Il intervient alors que les négociations pour un plan de paix en Ukraine, chapeautées par les États-Unis, se tiennent à Abou Dhabi, sans véritable implication des Européens. Mais loin d’être une rupture, cette reprise de contact traduit une lecture lucide du rapport de forces.
Depuis plusieurs semaines, Emmanuel Macron plaide pour une reprise des discussions avec Moscou. Il estime que l’Europe ne peut rester spectatrice de négociations décisives pour sa propre sécurité. Selon le quotidien russe Izvestia, “l’Union européenne a pris conscience de son rôle d’observatrice passive”. Paris serait aujourd’hui le principal moteur d’un retour au dialogue.
Le 3 février, le conseiller diplomatique du président, Emmanuel Bonne, s’est rendu à Moscou pour une série de rencontres bilatérales. D’après Bloomberg, il s’est notamment entretenu avec Youri Ouchakov, proche conseiller diplomatique de Vladimir Poutine.
Ces échanges ne signifient pas un revirement d’alliance. La France reste un soutien important de l’Ukraine. Mais ils traduisent une conviction simple : aucune solution durable ne peut être construite sans parler à Moscou.
Un rapport de forces qui penche
La reprise du dialogue intervient dans un contexte militaire difficile pour Kiev. Malgré un soutien massif des Européens et des Américains, l’armée ukrainienne peine à inverser la dynamique. La Russie, malgré les sanctions et les pertes, continue de progresser lentement, consolidant ses positions et grignotant des portions du territoire ukrainien.
Cette réalité est centrale. Chaque avancée renforce la position de Moscou dans d’éventuelles négociations. Plus le conflit dure, plus la Russie s’installe dans les zones qu’elle contrôle, plus elle peut négocier en position de force.
En reprenant langue avec le Kremlin maintenant, Emmanuel Macron envoie un message implicite mais clair : la Russie tient aujourd’hui le rapport de forces sur le terrain. Cette initiative revient à reconnaître que, malgré le soutien occidental à l’Ukraine, Moscou conserve l’avantage stratégique. Continuer à ignorer cet état de fait reviendrait à s’enfermer dans une posture politique déconnectée des réalités militaires. Ce constat signifie lucidité.
Les critiques européennes reposent souvent sur une crainte : rouvrir le dialogue serait interprété comme un signe de faiblesse. Discuter avec Moscou, c’est admettre que le conflit ne se résoudra ni par des déclarations de principe ni par une attente indéfinie d’un retournement militaire incertain. C’est aussi reconnaître que, si l’Europe ne s’implique pas activement, d’autres fixeront les termes d’un accord futur.
Emmanuel Macron défend depuis plusieurs années l’idée d’une autonomie stratégique européenne. Cette autonomie suppose une capacité d’initiative diplomatique, même quand elle dérange.
En reprenant le contact avec Moscou, la France acte une réalité : la guerre ne peut être réglée sans la Russie, et plus le temps passe, plus la position de celle-ci se consolide. Attendre un affaiblissement décisif du Kremlin pourrait s’avérer illusoire. Engager le dialogue maintenant, alors que Moscou se sent en position de force, peut permettre d’ouvrir des marges de manœuvre avant que les équilibres ne deviennent irréversibles.
Dans un conflit où la Russie semble aujourd’hui tenir le bon bout face à l’Ukraine et à ses alliés occidentaux, choisir le dialogue, c’est un acte de réalisme.
J.FPAGNI