Au sein du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), les appels à une reprise du dialogue avec Moscou se multiplient. Selon le quotidien munichois de gauche Süddeutsche Zeitung, plusieurs responsables du parti exhortent le chancelier conservateur Friedrich Merz à engager des discussions directes avec le Kremlin. En cause, le sentiment croissant que l’absence de canaux diplomatiques avec la Russie affaiblit l’Europe et la relègue au second plan sur la scène internationale.
La question n’est plus marginale. L’Europe doit-elle renouer le dialogue avec Vladimir Poutine ? D’après le journal, le président français Emmanuel Macron et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni ont déjà reconnu publiquement que la stratégie suivie jusqu’à présent n’avait pas produit de résultats tangibles. Une prise de conscience qui gagne désormais les rangs sociaux-démocrates allemands.
Le SPD s’inquiète notamment de l’exclusion des Européens des discussions récentes autour d’un possible règlement de la guerre en Ukraine. Alors que l’Union européenne avait joué un rôle central dans les accords de Minsk en 2014, elle ne figure pas à la table des dernières négociations. Une mise à l’écart jugée préoccupante à Berlin.
« Le fait que nous laissions à deux magnats américains de l’immobilier, Steve Witkoff et Jared Kushner, le soin de mener les négociations me rend extrêmement sceptique », confie à la Süddeutsche Zeitung Adis Ahmetovic, porte-parole du groupe parlementaire du SPD pour les affaires étrangères. Pour ce député de 30 ans, l’Allemagne et ses partenaires européens doivent reprendre l’initiative diplomatique.
Adis Ahmetovic n’est pas isolé. Rolf Mützenich, figure influente de l’aile gauche du SPD, s’est lui aussi récemment prononcé en faveur d’un dialogue direct avec la Russie. Une position qui reste toutefois controversée. Il y a deux ans, le parlementaire avait déclenché une vive polémique en plaidant pour un gel du conflit afin de mettre fin aux combats, une proposition alors perçue par ses détracteurs comme une concession excessive à Moscou.
Ces prises de position illustrent les tensions qui traversent la coalition allemande et, plus largement, le débat européen sur la manière de sortir de l’impasse diplomatique actuelle. Entre fermeté affichée et pragmatisme diplomatique, le SPD semble vouloir rouvrir une discussion que beaucoup, jusqu’ici, jugeaient politiquement intouchable.
J.F.PAGNI