|
Getting your Trinity Audio player ready...
|
Crée depuis 1972, l’organisation de cette fête portée par l’Association régionale d’expansion économique de Bonoua (Areebo) est inscrite dans les mœurs des Abouré qui, chaque année, pendant la période de la Pâques, se retrouvent pour se réjouir dans une liesse populaire. Samedi, Bonoua, qui signifie en langue locale « à l’orée de la forêt », a sacrifié à la tradition.
Des milliers de festivaliers parés de déguisements loufoques mais habillés aussi dans des tenues confectionnées dans le pagne ou les tee-shirts de la fête, n’ont pas voulu se faire conter les différents tableaux du défilé carnavalesque. Ils étaient au rendez-vous, dans l’après-midi, sur la place du Popo et les trottoirs tout le long du parcours défini pour le show final à l’espace central où avaient pris place Sa Majesté Miessan K. Venance, 22e roi des Abouré-Ehivè de Bonoua, les têtes couronnées Betibé et Essoman du Sud-Comoé. Parrains, élus, cadres, touristes… étaient également de la partie.
Avant le lancement de la gigantesque procession, le représentant de Robert Beugré Mambé, haut patron de la cérémonie, Jean-Louis Koffi, conseiller du Premier ministre, a transmis le message du chef du gouvernement. « Le président de la République Alassane Ouattara et le Premier ministre vous exhortent à demeurer toujours dans l’unité. Ils encouragent les jeunes à travailler après le Popo carnaval, parce qu’il y a des nombreux projets pour eux. Plus de 21 milliards de Fcfa sont disponibles pour la construction du Centre de formation pour le service civique pour les jeunes à Bonoua », a-t-il annoncé.
Le précédant, le député-maire d’Adiaké, Hien Sié Yacouba, porte-voix des parrains, a déclaré que le Popo carnaval est un bon concentré de ce qui se fait de mieux en matière de culture en Côte d’Ivoire. Selon lui, la présence des rois, élus de diverses communautés, autochtones, allochtones et allogènes, témoigne de « la dynamique du renforcement de la cohésion sociale chère au président de la République, Son Excellence Alassane Ouattara », élevé au rang de Blimans des Blimans (le chef des générations) par la notabilité de Bonoua. Il a ajouté que la culture est l’âme des peuples, « donc le meilleur héritage pour les descendants ».

Le défilé carnavalesque a donné lieu à une belle et longue procession avec les Awoulaba…
Pour lui, le thème de cette année : « Ensemble dans la diversité culturelle, ensemble pour la paix et le développement » est invocateur de l’engagement du roi de Bonoua et de son peuple à œuvrer en bonne entente avec tous les Ivoiriens « pour pérenniser nos cultures et améliorer les conditions de vie de nos citoyens ». Aussi, a-t-il appelé à l’union sacrée de tous les cadres de Bonoua et partant de tous les cadres du Sud Comoé. « C’est en unissant nos forces, en transcendant nos différences, en ajoutant nos compétences au-delà des chapelles politiques et religieuses que nous bâtirons une région prospère au grand bonheur de nos populations… », a exhorté le porte-parole des parrains.
Le défilé carnavalesque a donné lieu à une belle et longue procession, allant de la purification de l’espace du Popo à l’incinération du roi Popo au stade municipal de Bonoua à la tombée de la nuit, en passant par la parade des élus des concours de beauté (Miss, Awoulaba, Ebé enfant, Miss Popo, Ebè Popo, Valèkuklu, Awoulaba), la prestation des troupes représentant les faits traditionnels du pays Abouré, les danses traditionnelles, les troupes représentant les faits culturels modernes, le show des corps de métier et structures installées dans la ville, les sportifs, les chars…
Placée sous le haut patronage de Robert Beugré Mambé, Premier ministre de Côte d’Ivoire, la 44e édition du Popo carnaval de Bonoua a été co-parrainé par Dr Eugène Aka Ouélé, président du Conseil régional du Sud-Comoé, le député-maire d’Adiaké, Hien Sié Yacouba et le maire de Grand-Bassam Jean-Louis Mouloh.
Plaidoyer pour une intégration au budget de l’État

et les troupes représentant les faits traditionnels du pays Abouré,
Le maire de Bonoua, Jean-Paul Améthier, a profité de la clôture de la 44e édition du Popo carnaval, samedi 3 mai 2025, pour exprimer sa gratitude au Premier ministre Robert Beugré Mambé. Il en a profité pour rappeler le sens profond de cette célébration née en 1972 : offrir un moment de réjouissance populaire après les longs mois de travaux champêtres. Mais aujourd’hui, le Popo carnaval va bien au-delà de la fête. Il est devenu un véritable ciment social. « C’est un moment où toutes les couches de la société se retrouvent, échangent, s’écoutent. Un espace de fraternité où les rancunes s’effacent au profit de l’unité et du pardon », a affirmé Jean-Paul Améthier.
Il a souligné que les déguisements, les parodies et les rituels incarnent le renouveau, la joie collective et la cohésion sociale. Le thème de cette année, « Ensemble dans la diversité culturelle et touristique pour la paix et le développement », illustre parfaitement cette philosophie. Le maire a également fait un plaidoyer pour un appui institutionnel durable : « Le Popo carnaval souhaite faire rayonner le nom de la Côte d’Ivoire au niveau international. Les différents commissaires généraux ont hissé l’événement à son niveau actuel. Et qu’aujourd’hui, la population de Bonoua souhaite que le plus vieux carnaval de Côte d’Ivoire reçoive un soutien institutionnel comme d’autres tel que le Femua », a-t-il dit. Un appel que partage pleinement le commissaire général, Dr Désiré Wognin. « Le Popo, c’est le plus ancien carnaval de Côte d’Ivoire, et pourtant, il n’est toujours pas inscrit au budget national… Ce carnaval est l’âme de notre peuple. Il montre ce que nous savons faire lorsque nous unissons nos forces autour d’une vision commune », a-t-il souligné.
Dr Wognin a remercié les acteurs visibles et discrets de cette édition, tout en appelant à une ouverture plus grande vers les jeunes générations. « Ce festival est un héritage. Il doit évoluer, rester vivant, inclusif et créatif », a-t-il fait remarquer. « Malheureusement, a-t-il déploré, le Popo Carnaval n’est pas inscrit au budget de l’Etat. Tout Bonoua, les M’mans (la génération au pouvoir), les femmes, les jeunes, le roi de Bonoua, souhaitent que le Popo Carnaval soit inscrit au budget de l’Etat de Côte d’Ivoire… », a plaidé Dr Wognin.
Le Popo Carnaval tire ses origines dans la modification de la fête annuelle des ignames par les jeunes Abourés de Bonoua en 1946. Ils ont apporté une innovation en organisant le « Popo » (qui signifie «masque» en langue Abouré). Beaucoup plus tard, cette génération de jeunes devenus des adultes, a baptisé la fête du nom de « Popo Carnaval », en y introduisant l’aspect moderne (le carnaval) sous la forme d’un défilé de toutes les forces vives de la région.
Eric KOUAKOU