Ce nouveau drame a provoqué une vive indignation des élus locaux et fédéraux du Minnesota, qui exigent le départ des agents de l’ICE et réclament que l’enquête soit confiée aux forces de police locales. Mais au-delà de la colère locale, les événements de Minneapolis ont désormais des répercussions directes sur le débat budgétaire à Washington, faisant planer le risque d’une nouvelle paralysie des institutions fédérales.
La semaine prochaine, le Sénat doit examiner un texte budgétaire destiné à éviter un « shutdown », c’est-à-dire une fermeture partielle de l’administration fédérale. Or, la majorité républicaine ne dispose pas des voix nécessaires pour faire adopter le texte seule. Il lui manque au moins sept voix démocrates, alors que le compte à rebours est engagé : selon les médias américains, il reste moins de six jours avant une possible paralysie budgétaire.
Au cœur du blocage figure le financement du département de la Sécurité intérieure (DHS), qui supervise notamment l’ICE. Les images et témoignages en provenance de Minneapolis ont profondément durci la position des démocrates. Outre la mort de Renée Good et celle d’Alex Pretti, tous deux abattus par des agents fédéraux, la diffusion de vidéos montrant un enfant de cinq ans utilisé comme appât par l’ICE pour interpeller son père a choqué une partie de l’opinion publique et des élus.
Face à ce qu’ils qualifient de « brutalité absolue », les démocrates du Sénat ont annoncé qu’ils refuseraient de voter le budget tant que le financement du DHS y serait inclus. Plusieurs sénateurs, pourtant réputés ouverts au compromis sur les questions budgétaires, ont cette fois décidé de rompre avec cette tradition.
Le sénateur démocrate de Virginie, Mark Warner, a ainsi justifié son opposition sans ambiguïté : « La répression brutale doit cesser. Je ne peux pas voter, et je ne voterai pas, pour financer le DHS tant que cette administration continuera ces prises de pouvoir violentes dans nos villes. » Sur le réseau X, il a confirmé que les démocrates du Sénat n’apporteraient pas leurs voix à un texte incluant le financement de la politique migratoire actuelle.
Même tonalité chez Catherine Cortez Masto, sénatrice démocrate du Nevada, pourtant considérée comme une élue modérée. Dans un communiqué, elle a dénoncé une administration qui « met des agents fédéraux sous-entraînés et belliqueux dans les rues, sans qu’ils aient de comptes à rendre », et a elle aussi menacé de rejeter le texte budgétaire.
Alors que la Maison Blanche campe sur ses positions et continue de défendre l’action de l’ICE, la crise de Minneapolis transforme un débat budgétaire déjà tendu en bras de fer politique majeur. À quelques jours de l’échéance, le risque d’un nouveau shutdown apparaît désormais bien réel, illustrant combien la question migratoire polarise et paralyse le paysage politique américain.
J.FPAGNI