La force comme seule boussole
Trump ne croit pas à la diplomatie des principes, encore moins à celle des institutions. Il croit à la puissance économique, militaire, symbolique. Pour lui, un État n’existe que s’il peut imposer sa volonté aux autres. Sous couvert d’« America First », il a piétiné les fondations du multilatéralisme :
Les Nations Unies ont été méprisées ou ignorées dès lors que leurs résolutions ne servaient pas les intérêts américains. L’OMC a été instrumentalisée, puis paralysée par une avalanche de droits de douane imposés unilatéralement à la Chine, à l’Union européenne, au Canada et au Mexique. Les alliances traditionnelles comme l’OTAN ont été menacées d’abandon si les pays membres ne « payaient pas plus », transformant une alliance de défense collective en transaction commerciale.
Dans cette logique, la force ne se justifie pas : elle s’impose. La menace de frappes militaires devient un argument de négociation, l’arme économique un outil de chantage, et la souveraineté des autres États une variable d’ajustement.
Le chantage comme langage
Trump pratique la diplomatie comme on dirige une entreprise : avec la peur, la pression et l’intimidation. Face au Mexique, il a agité la menace de tarifs douaniers massifs pour forcer la militarisation de la frontière et la répression des migrants. Avec le Canada, il a imposé une renégociation brutale de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA), imposant des clauses qui favorisent outrageusement Washington. Envers le Venezuela, il a multiplié les sanctions économiques tout en laissant planer la possibilité d’une intervention militaire.
Et dans ses rapports avec la Chine, il a déclenché une guerre commerciale d’ampleur mondiale, sans autre objectif que d’affirmer la domination américaine. Chaque fois, la méthode est la même : provoquer, menacer, puis négocier depuis une position de force. C’est la diplomatie du bulldozer, celle qui ne cherche pas le compromis, mais la capitulation de l’autre.
Des « paix » qui masquent des foyers de tension
Trump aime se présenter comme un artisan de paix, mais ses prétendues réussites cachent souvent des conflits gelés ou des équilibres précaires. Les exemples qu’il brandit — Inde/Pakistan, Serbie/Kosovo, Égypte/Éthiopie — ne sont pas des paix construites, mais des suspensions temporaires de tensions. Aucun de ces dossiers n’a été réglé durablement ; au contraire, la plupart ont vu les différends s’envenimer après ses interventions, car ses « médiations » reposaient sur des rapports de force, non sur des accords équilibrés.
Sa vision de la paix, c’est celle du vainqueur qui impose ses conditions. Il ne cherche pas la stabilité mondiale, mais la domination américaine. Or, la paix imposée par la peur n’est jamais qu’une trêve avant le prochain affrontement.
Une diplomatie sans loi
Dans le monde de Trump, le droit international n’a de valeur que lorsqu’il sert ses intérêts. Il a reconnu unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israël, en violation des résolutions de l’ONU. Il s’est retiré de l’accord sur le nucléaire iranien, fragilisant des années de diplomatie multilatérale. Il a sanctionné la Cour pénale internationale pour avoir voulu enquêter sur des crimes de guerre commis par des soldats américains. Ces gestes traduisent une même philosophie : les États-Unis ne doivent répondre à personne. Le droit n’est qu’un outil lorsqu’il conforte la puissance ; sinon, il est balayé.
Trump incarne une vision archaïque des relations internationales, celle d’un monde hiérarchisé où les puissants dictent la marche à suivre et où les faibles doivent s’aligner ou subir. Cette approche est une régression dangereuse : elle nie le principe fondamental de la souveraineté des États, elle sape les bases du droit international, et elle alimente un climat global d’instabilité et de méfiance.
Dans un monde déjà fragmenté par les crises, climatiques, migratoires, économiques, cette diplomatie du bras de fer ne fait qu’aggraver les fractures. Elle encourage d’autres puissances à adopter la même logique : la Chine en mer de Chine, la Russie en Ukraine, Israël à Gaza. Quand le plus fort se fait juge et partie, le droit cesse d’exister.
Donald Trump prétend ramener la paix par la force, mais ce qu’il sème, c’est la méfiance et la peur. Il ne cherche pas à bâtir un ordre international stable ; il veut que le monde reconnaisse l’Amérique comme unique arbitre et ultime autorité. Mais la véritable grandeur d’un État ne se mesure pas à sa capacité d’imposer, elle se mesure à sa capacité d’unir. Or, Trump ne rassemble pas : il divise. Sa diplomatie du poing levé n’est pas une politique de puissance ; c’est une politique de domination. Et dans un monde interdépendant, la domination d’un seul ne peut mener qu’à la faiblesse de tous.
J.F.PAGNI