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À moins de deux mois des élections législatives, le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP) reste dans une situation administrative floue. Malgré l’annonce de la participation du parti à la compétition, ses candidats ne pourront pas figurer sur les bulletins de vote sous la bannière officielle du COJEP. En cause : l’absence persistante du récépissé d’existence légale, indispensable à toute formation politique pour se présenter en son nom propre.
Le dimanche 9 novembre 2025, à l’issue d’un conseil politique extraordinaire tenu à Abidjan, le président du COJEP, Charles Blé Goudé, a confirmé la décision de son parti de participer aux prochaines législatives. « Fidèle à notre foi dans la force du vote, j’annonce solennellement que le COJEP participera pleinement aux prochaines législatives », a-t-il déclaré.
L’ex-leader de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) a appelé les électeurs à soutenir les candidats de son parti, les présentant comme des relais essentiels de la voix populaire. « Porter son choix sur les candidats du COJEP, c’est créer un contre-pouvoir fort et démocratique, avec des députés qui permettront aux populations d’avoir de vrais porte-voix à l’Assemblée nationale », a-t-il ajouté.
Mais en dépit de cette volonté affichée, le COJEP reste confronté à un obstacle majeur : il ne dispose toujours pas de son récépissé de reconnaissance légale. Officiellement transformé en parti politique en 2015, le mouvement de Charles Blé Goudé n’a jamais obtenu le document délivré par le ministère de l’Intérieur, condition préalable pour exister juridiquement et présenter des candidats sous sa bannière.
Cette absence de reconnaissance légale prive le COJEP de plusieurs droits : ouverture officielle de sections locales, participation en son nom propre à des scrutins nationaux, et financement public des partis. Lors des législatives de 2021, déjà, ses candidats avaient dû se présenter comme indépendants. Une situation qui risque de se répéter en 2025.
Pendant ce temps, d’autres formations plus récentes ont obtenu sans difficulté leur statut légal. C’est le cas du Parti des peuples d’Afrique-Côte d’Ivoire (PPA-CI), fondé par Laurent Gbagbo en 2021 et régularisé moins d’un an plus tard. Le ministère de l’Intérieur lui avait délivré, le 13 juillet 2022, le récépissé d’existence légale n°315/MIS/DGAT/DAG/SDVA.
La différence de traitement entre les deux partis ne passe pas inaperçue dans le paysage politique ivoirien. Plusieurs observateurs estiment que le dossier du COJEP, pourtant déposé depuis des années, souffre d’un blocage administratif aux relents politiques.
« Et pourtant le COJEP et son leader seraient en deal avec le régime RHDP ! En vérité, ceux qui nous calomnient, sont envoûtés et ont besoin de délivrance. Si non, quel est ce deal dans lequel, on ne gagne rien », s’indigne un militant, Olivier Gnahoua.
Ni gracié, ni amnistié
Autre élément qui pèse sur le COJEP : la situation judiciaire de son président. Charles Blé Goudé, acquitté par la Cour pénale internationale (CPI) en 2021, reste condamné à 20 ans de prison par la justice ivoirienne dans l’affaire des violences postélectorales de 2010-2011. Ni gracié, ni amnistié, il demeure exclu de la compétition électorale, bien qu’il ait retrouvé la liberté et la possibilité de s’exprimer politiquement depuis son retour à Abidjan en novembre 2022.
En annonçant la participation de son parti, Charles Blé Goudé entend surtout envoyer un message : celui du retour du COJEP sur la scène politique nationale. Même sans label officiel sur les bulletins, ses candidats devraient se réclamer ouvertement du mouvement, misant sur le charisme de leur leader et sur son discours de réconciliation.
Reste à savoir si cette stratégie suffira à redonner au COJEP une place dans le débat national. En attendant le fameux récépissé, les partisans de Blé Goudé devront se contenter d’une présence officieuse dans les urnes.
E.KONE