L’homélie pour la « messe de la création » a été prononcée par le Cardinal Ignace Bessi Dogbo, archevêque d’Abidjan. Ce dernier a saisi l’opportunité de cette tribune pour dénoncer l’amour excessif de l’argent, notamment dans le domaine de l’exploitation illégal de l’or en Côte d’Ivoire. La figure de l’Église catholique ivoirienne a haussé le ton contre l’orpaillage clandestin et ses conséquences sur l’environnement et les populations.
Le Cardinal Ignace Bessi Dogbo a lancé un appel à une mobilisation collective contre cette activité, qu’il a présentée comme l’une des manifestations les plus préoccupantes de l’avidité et de la destruction de la « Maison commune ».
Dans son homélie, dont Cinews.ci a reçu copie, le prélat s’est appuyé sur le thème biblique « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent », tiré de l’Évangile selon Matthieu. Il a établi un lien direct entre la recherche effrénée de l’enrichissement et les atteintes portées à l’environnement. Pour lui, l’homme n’est pas le propriétaire absolu de la création, mais son « gardien ». Il doit donc la protéger plutôt que la détruire.
Dans cette perspective, le Cardinal a lancé : « L’or qui tue n’est pas de l’or ». Ignace Bessi Dogbo a estimé que l’or extrait au prix de la destruction des cours d’eau et de l’environnement constitue en réalité « un poison meurtrier ». Il a ainsi appelé les Ivoiriens à agir collectivement : « Enlevons ce poison de notre pays par tous les moyens ».
Le prélat a mis en cause l’avidité et « l’amour de l’argent », qu’il considère comme une forme d’idolâtrie lorsqu’ils conduisent l’homme à sacrifier son environnement et sa propre vie à la recherche du profit. Il invite ainsi chacun à mener trois combats : combattre « l’idolâtrie de l’argent » en soi et autour de soi, redonner « toute la place à Dieu », et « cultiver la solidarité généreuse pour le service de tous ».
Message passé à l’État
L’interpellation du cardinal Ignace Bessi Dogbo vise aussi directement l’État. Il a rappelé que la protection de l’environnement et de l’Homme relève des missions régaliennes de l’État. La figure de l’Église catholique ivoirienne a souligné que la Conférence des évêques catholiques avait déjà alerté, notamment en « 2019 » et en « 2023 », sur les dangers de l’orpaillage clandestin. Selon lui, l’ampleur actuelle du phénomène montre que ces avertissements n’ont pas suffisamment été entendus.
Le prélat a ainsi appelé les pouvoirs publics à sortir de toute apparente impuissance face à une activité pourtant clandestine. « Que l’État sorte l’orpaillage clandestin du pays et protège l’eau, qui est la vie, et protège les hommes et les animaux, et protège notre environnement », a-t-il plaidé.
À travers cette prise de position, l’Église catholique entend replacer la lutte contre l’orpaillage clandestin au cœur d’une responsabilité à la fois environnementale, sociale et morale. Le Cardinal a laissé entendre que la sauvegarde de la création conditionne également la construction d’une paix durable.
E.KOUAKOU