|
Getting your Trinity Audio player ready...
|
Le Pdci-Rda a lancé officiellement les festivités marquant la célébration de ses 80 ans d’existence, lors d’une cérémonie solennelle à la « Maison du parti », le jeudi 9 avril 2026 à Abidjan-Cocody. Me Blessy Chrysostome, porte-parole des élus du Pdci-Rda, a saisi l’opportunité de cette tribune pour faire un plaidoyer adressé au pouvoir. « J’interpelle l’État, le pouvoir, afin qu’il puisse mettre en place les conditions idoines et sécurisées du retour de notre président, Tidjane Thiam, en Côte d’Ivoire », a-t-il plaidé.
Cette sortie du président du groupe parlementaire du Pdci-Rda à l’Assemblée nationale, Me Blessy Chrysostome, n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte sociopolitique où le vieux parti, engagé dans un processus de restructuration interne, est de plus en plus questionné sur le retour de Tidjane Thiam en Côte d’Ivoire. Ce plaidoyer s’est fait au cours d’un événement politique majeur pour le Pdci-Rda, où une délégation de haut niveau du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp – parti au pouvoir) était représentée. Cette délégation avait à sa tête le secrétaire exécutif du Rhdp, Cissé Ibrahima Bacongo, ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, qui représentait pour la circonstance le chef de l’État, Alassane Ouattara.
Le plaidoyer intervient dans un contexte de crise persistante au Pdci-Rda, où le leadership du président Tidjane Thiam est sans cesse contesté, lui-même faisant face entre-temps à une énième tentative de destitution, à travers une nouvelle assignation devant la justice ivoirienne. Dans ce contexte sociopolitique, les détracteurs du président du Pdci-Rda, qui n’a d’ailleurs pas pu être candidat lors de l’élection présidentielle du samedi 25 octobre 2025, soutiennent que M. Thiam n’est pas courageux, et qu’il préfère diriger son parti à distance.
Des voix critiques s’élèvent, aussi bien à l’intérieur du Pdci-Rda qu’à l’extérieur, avec une intensité grandissante. L’absence de Tidjane Thiam, jugée trop longue, commence à peser, au point d’agacer certains cadres de la direction du Pdci-Rda à qui des militants posent régulièrement la question du retour de leur leader.
Cette situation, devenue gênante, l’est encore plus depuis les dernières clarifications du porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly. Mercredi 15 avril 2026, au Palais présidentiel à Abidjan-Plateau, lors de la conférence de presse post-Conseil des ministres, Amadou Coulibaly a été interrogé sur la requête du Pdci-Rda qui souhaite un « retour sécurisé », en Côte d’Ivoire, de son président. « Je l’ai dit ici à ce pupitre, monsieur Tidjane Thiam est un citoyen ivoirien libre comme tout autre. Il est libre d’aller et de venir, comme tous ceux qui sont hors du pays. Je l’ai dit ici pour d’autres leaders politiques. Il peut rentrer dans le pays quand il veut, comme il veut », a, alors, réagi le ministre de la Communication.
Ce propos accentue la pression sur Tidjane Thiam et le Pdci-Rda. Il laisse croire qu’il n’y aura pas de cadre de négociation ou de discussion entre le gouvernement et le Pdci-Rda sur le « retour sécurisé » de l’ancien directeur général de Crédit suisse en Côte d’Ivoire. Ce, à partir du moment où le président du Pdci-Rda « est libre d’aller et de venir »,vu qu’il n’y a pas de menaces sécuritaires évidentes contre lui.
Le Pdci-Rda et son président se trouvent dans une séquence politique délicate, pris entre pressions internes et stratégie de fermeté du pouvoir Rhdp. L’absence prolongée de Tidjane Thiam fragilise son autorité et alimente les contestations internes au sein du principal parti politique d’opposition. La réponse du gouvernement ivoirien, portée par Amadou Coulibaly, consiste à banaliser la question du « retour sécurisé » du chef de file du Pdci-Rda. Elle renvoie surtout M. Thiam à sa responsabilité individuelle et ferme potentiellement la porte à toute négociation politique espérée.
Le Pdci-Rda est dans un dilemme : forcer le retour de son leader au risque d’un affaiblissement en cas de difficultés ou maintenir une direction à distance qui érode la crédibilité de Tidjane Thiam et de son parti. Quoi qu’il en soit, l’issue de cette affaire peut avoir un impact sur la recomposition du paysage politique ivoirien avant les prochaines échéances électorales de 2028 (municipales, régionales et sénatoriales) et 2030 (présidentielle).
E.KOUAKOU