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Dès les premières heures, les bureaux de vote ont ouvert normalement à Abidjan, Bouaké, Korhogo, San Pedro ou encore Man. L’ambiance était sereine, sans incident majeur, mais la mobilisation des électeurs s’est révélée inégale selon les régions. Dans plusieurs quartiers de la capitale économique, les files d’attente étaient clairsemées, bien loin de l’effervescence des scrutins précédents.
Le président sortant Alassane Ouattara, au pouvoir depuis 2011, faisait face à une opposition divisée et amoindrie. Plusieurs ténors, dont Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, avaient annoncé leur boycott du scrutin, dénonçant un processus électoral « verrouillé » et un cadre jugé défavorable à une compétition équitable.
Résultat : la campagne s’est jouée sans véritable confrontation politique. Le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) du président Ouattara a déroulé son programme sans adversité notable, misant sur la stabilité économique et les grands chantiers d’infrastructures. « Ce n’est pas qu’on ne veut pas voter, mais on sait déjà qui va gagner », lâche Kouadio Arsène, un jeune électeur croisé à Abobo.
Une abstention préoccupante
Selon plusieurs observateurs de la société civile et missions d’observation électorale, la participation a été sensiblement plus faible que lors du scrutin précédent. Dans plusieurs localités, de nombreux électeurs n’ont pas trouvé leur nom sur les listes, ou se sont abstenus volontairement, exprimant leur désintérêt ou leur méfiance envers un processus perçu comme joué d’avance. « L’élection s’est tenue dans le calme, mais sans véritable engouement. Le défi démocratique reste celui de la participation », note un observateur d’une mission africaine.
Sauf surprise, le président Alassane Ouattara devrait être réélu dès le premier tour. Son parti revendique déjà une large victoire, appuyée par des scores quasi unanimes dans plusieurs bastions du nord et du centre du pays.
Cette nouvelle victoire viendrait conforter le pouvoir du RHDP, mais pose la question du renouvellement politique dans un paysage où la relève peine à s’imposer. « Ce scrutin montre que la stabilité reste la priorité des Ivoiriens, mais aussi que le pluralisme politique s’essouffle », estime un analyste politique abidjanais.
Une démocratie en quête de souffle
La présidentielle 2025 restera comme un scrutin pacifique mais sans passion, loin des tensions qui avaient marqué les élections de 2010 ou 2020. Si la Côte d’Ivoire confirme sa maturité démocratique sur le plan sécuritaire, elle doit désormais relancer la confiance entre gouvernants et gouvernés, et redonner du sens à la participation citoyenne. « La vraie victoire, ce sera le retour du débat démocratique », résume une militante de la société civile rencontrée à Yopougon.
En résumé : Vote globalement paisible, sans incident majeur, Abstention élevée dans plusieurs zones urbaines, Opposition absente ou divisée, boycott d’envergure.
Ouattara attendu pour un quatrième mandat, dans un climat politique apaisé mais figé. La Côte d’Ivoire sort de cette élection sans fracas, mais aussi sans frisson. Le défi du pouvoir à venir : redonner envie de voter à un peuple qui, cette fois, a surtout choisi le silence.
Jean-François PAGNI