“L’affaire est majeure”, constate Le Temps. Jeudi 13 août, le ministère de l’Économie et des Finances a confirmé que la direction générale des finances publiques (DGFIP) – soit le fisc – avait été victime d’un “accès illégitime” en juin, permettant “la consultation et l’extraction de données concernant des particuliers et des professionnels”. Au moins 678 000 usagers “ont vu leurs données sensibles être siphonnées par un hackeur”, poursuit le quotidien suisse. Un “piratage hors norme”, revendiqué la veille par un duo de pirates se faisant appeler “ZeroBytes”.
La directrice générale des finances publiques, Amélie Verdier, a évoqué une opération “plus sophistiquée” que les précédentes, rapporte depuis l’Allemagne la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). “Le cas est si grave” que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s’est saisi de l’affaire, convoquant, lundi 17 août, une cellule interministérielle de crise, destinée notamment à faire le point sur la mise en œuvre du plan de sécurisation cyber des administrations, lancé le 30 avril. La section cyber du parquet de Paris a ouvert une enquête pour “extraction frauduleuse de données” et “association de malfaiteurs”.
“ZeroBytes” a également revendiqué une seconde attaque contre la DGFIP, survenue fin juillet et ayant révélé les données cadastrales de 200 000 comptes, note le site d’information britannique The Local. Ces piratages “viennent saper la confiance des Français dans la sécurité des systèmes publics et pourraient s’avérer lourds de conséquences, notamment pour les victimes les plus fortunées”,analyse la FAZ. En effet, des données fiscales “extrêmement sensibles”, telles que le quotient familial, le revenu fiscal de référence et le taux de prélèvement à la source “seraient désormais en vente sur le dark web”. Il apparaît cependant que les identifications de connexion et les mots de passe n’ont pas été révélés, précise le média britannique.
La cyberattaque des services du fisc démontre la vulnérabilité de la France “face à des pirates qui agissent, souvent, simplement pour des motifs crapuleux”, reprend Le Temps, qui précise que, bien que le pays s’inquiète actuellement d’ingérences politiques russes, “Moscou n’est sans doute pas à blâmer dans ce cas”. “La pression est d’autant plus forte pour l’État, sommé d’agir, que ces attaques s’inscrivent dans une longue liste de fuites de données en provenance des administrations françaises”, constate de son côté la FAZ. L’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) et les ministères de l’Éducation nationale et de l’Intérieur font notamment partie des dernières victimes. Depuis le début de l’année, 43,4 millions de comptes ont été piratés en France selon les experts en données de Surfshark, indique The Local, faisant de l’Hexagone le pays le plus visé d’Europe.
Une première place “devant la Grande-Bretagne” que confirme Steven Meyer, directeur de la société de cybersécurité Zendata interrogé par Le Temps. “On sait que les pays limitrophes de la Russie sont sous pression constante des pirates. Mais ce qui se passe en France est hors norme”, souligne-t-il. Le spécialiste explique la fragilité de la France par la centralisation des systèmes informatiques : dès qu’un des programmes est piraté, le hackeur peut “effectuer des déplacements latéraux, avec d’immenses dégâts à la clé” et avoir accès à “un volume de données colossal”.
Le mardi 18 août ont été rendues publiques une troisième cyberattaque des services du fisc concernant des données liées aux successions, ainsi que la revendication par “ZeroBytes” d’un vol de données ayant visé le ministère de l’Éducation nationale fin juillet et impliquant des millions d’élèves et des dizaines de milliers d’enseignants.
J.F.PAGNI