Sa première visite en 1974 au Nigeria marque un tournant. Accueilli comme une star, il devient le premier artiste reggae à se produire sur le continent. Son séjour est assombri par une brève arrestation due à un conflit entre promoteurs, un épisode qu’il racontera en chanson. En effet, invité par le roi de l’afrobeat Fela, le Jamaïcain a passé la soirée dans son quartier général, la République de Kalakuta. Mais le séjour nigérian prend tout à coup une autre tournure. « Une haute cour de Lagos a ordonné l’arrestation de Jimmy Cliff, un artiste jamaïcain renommé », lit-on dans le quotidien ghanéen Daily Graphic du 12 décembre.
En cause, une histoire de rivalités entre promoteurs locaux et de contrat non respecté. Libéré après trois nuits en détention, le chanteur a relaté cet épisode mis en musique dans la foulée en studio sur la chanson « The News ». Mais l’Afrique reste pour lui une terre d’attache, un espace spirituel et musical où il se sent chez lui. Né en 1944 en Jamaïque, Jimmy Cliff enregistre son premier 45 tours en 1962, dans un pays où le ska domine encore. Il conseille alors à son producteur de signer un jeune inconnu croisé dans les rues : Bob Marley. Son ascension internationale s’accélère à la fin des années 60 avec des titres engagés comme « Vietnam » et son rôle dans le film culte ‘’The Harder They Come’’.
Séduit par le continent, il multiplie dès 1977 les tournées en Afrique de l’Ouest, s’entoure de musiciens locaux comme Cheick Tidiane Seck, et adopte le nom Naïm Bachir après sa conversion à l’islam. Sa musique se polit au contact des réalités africaines : il chante les injustices, se heurte à la censure du régime sud-africain, mais se produit malgré tout à Soweto en 1980 devant près de 20 000 personnes. Partout où il passe, Jimmy Cliff remplit les stades : Ghana, Zaïre, Zambie, Maghreb, Madagascar ou encore en Côte d’Ivoire lors du festival Abireggae en 2015. Certains enregistrements voient même le jour en Afrique, notamment avec l’OK Jazz de Franco et l’Afrisa de Tabu Ley, donnant naissance au mini-album Shout For Freedom.
Avec une quarantaine d’albums, quatre Grammy Awards et une entrée au Rock & Roll Hall of Fame, Jimmy Cliff a influencé une génération entière, dont Lucky Dube en Afrique du Sud. Ses chansons ont été reprises à travers le continent, et sa voix restera liée à l’Afrique, comme en témoigne le succès universel de « Hakuna Matata ».
Il laisse l’image d’un artiste libre, curieux et profondément attaché à la terre de ses ancêtres. Une voix qui a rapproché le reggae de l’Afrique, et l’Afrique du reggae.
A.KONE