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Certaines photos traversent le temps comme de simples souvenirs. D’autres deviennent des symboles. Et puis il y a celles qui semblent défier le destin. Celle montrant Lionel Messi donnant le bain à un nourrisson de cinq mois dans les vestiaires visiteurs du Camp Nou appartient à cette dernière catégorie. À l’époque, en 2007, Messi n’a que 20 ans. Il est déjà l’un des plus grands espoirs du football mondial. Le bébé, lui, s’appelle Lamine Yamal. Dix-neuf ans plus tard, à seulement 19 ans, il se dresse face à son illustre aîné en finale de la Coupe du monde. Une image qui n’était au départ qu’un souvenir de famille est devenue le prologue d’une affiche historique entre l’Espagne et l’Argentine.
Cette photographie n’est pas née d’une opération marketing, mais d’un calendrier caritatif organisé par la Fondation du FC Barcelone, le quotidien sportif espagnol Diario Sport et l’Unicef, afin de financer les programmes de l’organisation. Le photographe Joan Monfort avait installé son studio dans le vestiaire visiteurs du Camp Nou. Plusieurs familles du quartier de Rocafonda, à Mataró, avaient été tirées au sort pour participer à la séance photo. Parmi elles figurait la famille Yamal. Le hasard a associé le jeune Lionel Messi au petit Lamine, né quelques mois plus tôt. Le futur octuple Ballon d’Or s’est prêté au jeu en donnant le bain au nourrisson, sous l’objectif du photographe. La photo illustrera le mois de janvier du calendrier publié en 2008 avant de tomber dans l’oubli pendant près de deux décennies.
Du maître à l’héritier
Le destin n’allait pourtant pas s’arrêter à cette photographie. Comme Messi avant lui, Lamine Yamal a grandi à La Masia, le prestigieux centre de formation du FC Barcelone. Messi y est arrivé en 2000, à 13 ans, avant de débuter avec l’équipe première à seulement 17 ans. Yamal, lui, a intégré le centre de formation à l’âge de sept ans et a fait ses débuts professionnels à 15 ans, devenant le plus jeune joueur du XXIe siècle à porter le maillot du Barça.La symbolique est encore plus forte lorsque le jeune Espagnol hérite du mythique numéro 10, celui que Messi a porté pendant près de deux décennies et qu’il a transformé en véritable légende.
L’histoire ressemble alors à celle d’un maître et de son héritier. Sans le savoir, Messi a accompagné, le temps d’une photo, celui qui allait suivre ses traces avant de devenir son adversaire sur la plus grande scène du football mondial.En 2007, personne n’aurait pu prévoir qu’un dimanche de juillet 2026, au MetLife Stadium, ces deux destins se croiseraient à nouveau.
L’Espagne s’est qualifiée pour la finale en dominant la France (2-0) à Arlington grâce à un penalty transformé par Mikel Oyarzabal, obtenu après une faute sur Lamine Yamal, puis à un second but de Pedro Porro. L’Argentine, de son côté, a dû puiser dans ses ressources pour renverser l’Angleterre. Menée au score, l’Albiceleste a finalement trouvé les ressources nécessaires grâce à Enzo Fernández puis Lautaro Martínez, sur deux actions initiées par son capitaine Lionel Messi. Cette affiche est historique. Il s’agit de la première finale de Coupe du monde opposant deux sélections hispanophones depuis celle de 1930.
À 39 ans, Messi dispute la troisième finale mondiale de sa carrière. Battu par l’Allemagne en 2014, sacré face à la France en 2022, il rêve désormais de conserver son titre et d’offrir une nouvelle étoile à l’Argentine. Pour Lamine Yamal, qui a célébré ses 19 ans le 13 juillet dernier, il s’agit de la première finale mondiale de sa jeune carrière. Interrogé par DAZN alors qu’on lui montrait cette célèbre photographie, Lamine Yamal avait répondu avec le sourire : « J’ai un peu grandi… et Leo aussi ». Avant d’ajouter, en riant : « Espérons que je pourrai l’affronter en finale ». Le souhait est devenu réalité. La Finalissima (tournoi réservé aux champions continentaux de l’Uefa et de la Conmebol) ne lui avait pas offerte cette occasion que la Coupe du monde lui donne à présent.
La baignoire du Camp Nou ne pouvait accueillir qu’un seul bébé. Le MetLife Stadium réunira désormais les deux hommes. Mais dimanche soir, un seul quittera New York avec le trophée le plus convoité du football mondial.
A.KONE