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L’élu européen, prenant la parole devant l’hémicycle, s’est livré à des accusations qualifiées de « malveillants, grossières et mensongères » par les autorités burkinabè. Des propos qui, aux yeux de la diplomatie ouest-africaine, relèvent d’une ignorance crasse des réalités du pays et d’un mépris souverainement inacceptable.
Pour le ministre Traoré, l’intervention de Christophe Gomart est « cousue d’informations erronées ». L’eurodéputé a notamment évoqué la situation sécuritaire et l’espace civique au Burkina Faso, sans jamais avoir foulé le sol du pays. Un détail qui a particulièrement agacé les autorités. « Notre pays se bat depuis longtemps pour faire face à l’insécurité aux côtés du Mali et du Niger, et nous constituons cette digue que les trois leaders essaient de garder consolidée », a rappelé le chef de la diplomatie burkinabè. « Voir un parlementaire qui vient donner des chiffres erronés sur un pays qu’il n’a pas visité, nous pensons qu’il a souillé la sacralité du Parlement européen en tenant un discours au relent néocolonialiste. »
Le ministre Traoré a également pointé du doigt l’incohérence du discours européen, en rappelant les responsabilités historiques de l’Occident dans la déstabilisation de la région. « Ce député qui a pris la parole, il sait très bien comment la situation sécuritaire a commencé dans le pays », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter, « Faisant abstraction de la responsabilité de l’OTAN dans la déstabilisation de la Libye dont les conséquences ont été portées par nos pays ici, qu’il vienne en toute aisance parler de la situation sécuritaire, nous pensons que quelque part c’est malsain. » Un rappel cinglant adressé à ceux qui, depuis Bruxelles, se permettent de donner des leçons aux pays du Sahel sans reconnaître leur part de responsabilité dans les crises qui les frappent.
Une résolution « jugeante » qui ne passe pas
La résolution adoptée par le Parlement européen est perçue à Ouagadougou comme une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures du Burkina Faso. Le ministre Traoré a dénoncé cette prétention de l’institution bruxelloise à « statuer en juge pour dicter des leçons au Burkina Faso en matière de gestion de l’espace civique et en matière sécuritaire ». Le gouvernement burkinabè a rappelé qu’il agit en toute souveraineté, conformément à ses propres priorités et à ses propres valeurs. La gestion de l’espace civique et la lutte contre l’insécurité relèvent de la compétence exclusive des autorités nationales, qui n’ont pas de leçons à recevoir de l’extérieur.
De son côté, l’ambassadeur Philippe Bronchain a indiqué avoir « pris bonne note » du message du gouvernement burkinabè. Un message qu’il s’engage à transmettre immédiatement à son institution. Une réponse diplomatique, certes, mais qui ne dissipe pas le malaise profond ressenti à Ouagadougou. Cette convocation, qui intervient dans un contexte de relations tendues entre le Burkina Faso et ses partenaires européens, indique la méfiance croissante entre les deux parties.
Depuis l’arrivée au pouvoir du Capitaine Ibrahim Traoré, les critiques occidentales se sont multipliées, tandis que le pays se tourne résolument vers de nouveaux partenaires, notamment la Russie. 5 choses à retenir : l’ambassadeur de l’UE est convoqué à Ouagadougou pour exprimer le mécontentement du gouvernement burkinabè. Le Burkina Faso dénonce des propos « grossiers, mensongers et au relent néocolonialiste » tenus par l’eurodéputé Christophe Gomart.
Le ministre Traoré a rappelé la responsabilité de l’OTAN dans la déstabilisation de la Libye, qui a eu des conséquences désastreuses pour la région. Le gouvernement burkinabè refuse toute ingérence et agit en toute indépendance sur ses propres affaires intérieures. Cette convocation accroit les tensions entre le Burkina Faso et l’Union européenne. Le Burkina Faso, comme ses voisins de l’AES, ne tolère plus les critiques qu’il juge infondées et les leçons venues d’ailleurs. Le gouvernement burkinabè, en exprimant son « dégoût », ne cache plus son exaspération.
J.F.PAGNI