L’Ukraine peut-elle poursuivre efficacement la guerre contre la Russie sans Starlink et Starshield ? Pour Alain de Neve, chercheur au Centre d’études de sécurité et de défense de l’Institut royal supérieur de défense, à Bruxelles, la perspective est préoccupante. « Ce sera très difficile pour l’Ukraine de tenir sans ce réseau », prévient-il, soulignant la place centrale de ces technologies dans la conduite des opérations militaires.
Les restrictions signalées sur les réseaux satellitaires, ainsi que les difficultés liées au partage de renseignements américains, ont mis en lumière la dépendance de Kiev à l’égard des capacités technologiques des États-Unis. Starlink, développé par SpaceX, fournit une connectivité satellitaire, tandis que Starshield est destiné notamment aux usages gouvernementaux et militaires. Sur le terrain, ces moyens facilitent la coordination des forces ukrainiennes et le pilotage de nombreux drones engagés contre les positions russes.
Des drones plus vulnérables
Les conséquences d’une interruption ou d’un ralentissement peuvent se faire sentir en quelques heures. Selon Alain de Neve, la perte du signal peut provoquer la disparition de drones en pleine mission ou contraindre les militaires ukrainiens à interrompre certaines opérations et à rapatrier leurs appareils vers des zones sécurisées.
La vitesse constitue également un facteur déterminant. Lorsque la connexion est dégradée, les performances des drones peuvent diminuer, les rendant plus vulnérables à la défense adverse. Dans une guerre où la rapidité d’exécution et la précision des frappes sont essentielles, une telle dégradation peut compromettre des missions et modifier leur déroulement.
Pour le chercheur, ces réseaux représentent désormais la « colonne vertébrale » des opérations quotidiennes sur la ligne de front. Les remplacer ne serait pas simple. Les drones guidés par fibre optique offrent une autre possibilité, mais leur maniabilité et leur capacité d’emport sont limitées par le câble qu’ils doivent transporter. L’Ukraine peut aussi recourir à des missiles de croisière et à des drones de longue portée utilisant des systèmes de navigation inertielle, notamment pour frapper en profondeur sur le territoire russe. Ces solutions ne couvrent toutefois pas l’ensemble des besoins opérationnels.
L’Europe encore loin du compte
Face à cette dépendance, les ambitions européennes se heurtent à une réalité technologique. Le programme Iris² doit renforcer l’autonomie spatiale de l’Union européenne, tandis que le réseau OneWeb pourrait compléter certaines capacités existantes. Mais aucun des deux ne constitue aujourd’hui un substitut pleinement équivalent à Starlink et Starshield.
Ces réseaux américains bénéficient d’une couverture étendue, d’une grande résilience et d’une expérience acquise dans des conditions de combat réelles. L’Europe devra encore développer ses capacités, ses services et ses mises à jour pour atteindre un niveau comparable.
Au-delà de l’urgence militaire, cette situation pose une question stratégique : celle de la capacité de l’Europe à garantir durablement la défense de l’Ukraine sans dépendre de technologies américaines. Pour Kiev, cette autonomie reste, à ce stade, un objectif lointain.
J.F.PAGNI