La réponse de Donald Trump n’a pas tardé. Interrogé mercredi sur le projet européen, le président américain l’a qualifié de « ridicule » et a brandi la menace de nouvelles représailles commerciales. « Si j’estime qu’il s’agit d’un acte hostile, j’imposerai des droits de douane très lourds ou je cesserai tout commerce avec l’Europe », a-t-il déclaré à des journalistes.
Bruxelles ouvre la porte à un statut inédit
La proposition d’Ursula von der Leyen marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Bruxelles et Ottawa. La responsable européenne a proposé que le Canada devienne le premier pays à obtenir un statut de « membre associé » de l’Union européenne. Elle souhaite également qu’Ottawa rejoigne le futur « Conseil européen de sécurité », une structure dont elle défend la création.
Ce statut n’existe toutefois pas dans les traités de l’UE. Ses contours restent donc à définir. Une formule comparable avait récemment été évoquée par l’Allemagne pour l’Ukraine, avec la possibilité de participer à certaines réunions européennes sans disposer d’un droit de vote.
Derrière l’annonce politique, Bruxelles et Ottawa veulent surtout accélérer leur coopération dans des secteurs considérés comme stratégiques. Intelligence artificielle, énergie, défense, matières premières critiques et terres rares figurent parmi les principaux dossiers. Le Canada est déjà devenu cette année le premier pays non membre de l’UE à rejoindre le programme européen de défense Safe.
Les deux parties veulent désormais identifier les domaines dans lesquels leurs capacités et leurs besoins peuvent se compléter. Pour Ottawa, l’enjeu est aussi de réduire sa dépendance à certains approvisionnements chinois. Le Canada souhaite notamment parvenir à un accord permettant à la Banque européenne d’investissement de financer des projets liés aux minerais stratégiques sur son territoire.
Le rapprochement économique est déjà largement engagé. Depuis 2016, les échanges entre l’Union européenne et le Canada ont progressé de 80 %, notamment grâce à l’accord de libre-échange qui a supprimé la quasi-totalité des droits de douane. Mais le texte n’est toujours pas pleinement ratifié par les États membres. Dix pays, dont la France, l’Italie et la Pologne, n’ont pas encore achevé leur procédure nationale de ratification. Certaines dispositions, notamment celles concernant la protection des investissements et le règlement des différends, restent ainsi limitées dans leur application.
Bruxelles et Ottawa discutent également d’un assouplissement des règles sur la mobilité des travailleurs et d’un renforcement des échanges d’étudiants via Erasmus. La coopération pourrait enfin prendre une dimension militaire et géopolitique accrue. Des discussions portent sur une éventuelle participation du Canada au prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à soutenir l’Ukraine. Ottawa pourrait notamment contribuer à des projets de défense en faveur de Kiev.
Après son entretien avec Ursula von der Leyen, Mark Carney s’est rendu au Royaume-Uni. Il y a rencontré le Premier ministre britannique Andy Burnham, avec lequel il a réaffirmé la volonté des deux pays de renforcer leur coopération dans les domaines de la défense et du commerce.
Un rapprochement sous haute tension avec Washington
Pour Ottawa, le renforcement des liens avec l’Europe intervient alors que les relations commerciales avec les États-Unis sont particulièrement tendues.
Pour Bruxelles, il s’inscrit dans une volonté de multiplier les partenariats stratégiques et de renforcer ses capacités dans des domaines clés, de la défense aux matières premières.
Le projet de « membre associé » donnerait ainsi une nouvelle dimension aux relations entre l’UE et le Canada. Mais la réaction de Donald Trump montre déjà que ce rapprochement pourrait avoir des répercussions sur les relations commerciales transatlantiques.
J.F.PAGNI