Dans le Grand Nord, la campagne électorale prend des airs de mobilisation. Pour Yacine Idriss Diallo, candidat à sa propre succession à la tête de la Fif, l’objectif est clair : consolider ses soutiens avant le scrutin et convaincre les acteurs du football local que son projet peut répondre aux réalités du terrain. Le séjour a débuté samedi par une série de visites de courtoisie. Le candidat s’est notamment rendu chez le chef de canton, Issa Coulibaly, ainsi qu’auprès du député-maire de Korhogo, Ouattara Lacina. Il a également tenu à saluer son « petit frère » et coordonnateur de campagne, Malick Tohé.
Les deux hommes se sont ensuite retrouvés à la mosquée d’Isha, un édifice construit par Malick Tohé en hommage à sa défunte mère, Hadja Salamata Mariam Ouattara. Une séquence à forte dimension symbolique, qui a inscrit cette étape de campagne dans un registre à la fois politique, traditionnel et spirituel. Dimanche, ce fut les échanges avec les représentants de neuf clubs du Grand Nord : le Cok, l’Us Tchologo, l’Académie Tuo, le Bintanna Fc, l’Abondance Fc, le Zt Fc, le Solidarité Fc, l’As Odienné et le Siguilolo Fc.
Face à ces dirigeants, Yacine Idriss Diallo a présenté les grandes lignes de son programme, baptisé « Transformer pour durer ». Parmi les ambitions affichées figure notamment l’objectif de parvenir à l’autonomie financière des clubs à l’horizon 2030. Mais au-delà des orientations nationales, les discussions ont rapidement ramené le candidat aux préoccupations quotidiennes des clubs du Nord. Infrastructures, conditions de pratique et perspectives offertes aux jeunes joueurs ont occupé une place importante dans les échanges. La principale doléance est venue de Fofana Kolodjo, président du Bintanna Fc. Au nom des clubs, il a demandé une intervention pour la réhabilitation des stades d’Odienné et de Séguéla.
Pour les responsables locaux, ces infrastructures constituent un enjeu majeur. Leur remise à niveau permettrait d’améliorer les conditions de pratique et surtout d’offrir aux jeunes talents de la région un environnement plus favorable pour progresser et se faire connaître. Une demande entendue par Yacine Idriss Diallo, qui s’est engagé à accorder une attention particulière à ce dossier. Au-delà des préoccupations sportives, cette étape de campagne a également révélé la volonté de l’équipe du président sortant de transformer ses déplacements en démonstration de force électorale.
Avant même le début des échanges, Malick Tohé avait donné le ton. Le directeur de campagne de Yacine Idriss Diallo a appelé les clubs des ligues du Nord à soutenir massivement le candidat sortant. « Les clubs des ligues du Nord doivent voter pour lui à 100 % », a-t-il lancé, dans un appel qui traduit la volonté de verrouiller les soutiens dans cette partie du pays.
Proximité avec le président sortant
L’Us Tchologo a, elle, choisi de joindre le geste à la parole. Conduite par son président, Traoré Bamoudien, la délégation venue de Ferkessédougou est arrivée avec un chèque de 100 000 Fcfa et la promesse d’accorder ses trois voix statutaires à Yacine Idriss Diallo. Une initiative qui a provoqué le sourire du candidat. « Avec ça, on a déjà une voix d’avance, si le scrutin s’arrêtait là ! », a-t-il plaisanté. Derrière cette séquence symbolique se dessine surtout un message politique : dans le Nord, plusieurs clubs affichent déjà leur proximité avec le président sortant. La tournée de Korhogo et d’Odienné aura donc permis à Yacine Idriss Diallo de mesurer l’état d’esprit des acteurs locaux. Le soutien de plusieurs dirigeants semble se confirmer, mais il n’est pas dépourvu d’attentes.
Les clubs veulent désormais voir des résultats concrets. La question des infrastructures revient avec insistance, alors que les difficultés d’accès à des installations adaptées continuent de peser sur le développement du football dans certaines régions. La réhabilitation des stades d’Odienné et de Séguéla apparaît ainsi comme un dossier emblématique. Au-delà de ces deux infrastructures, la revendication traduit une attente plus large : celle d’un meilleur équilibre dans les investissements et d’une politique permettant aux clubs et aux jeunes joueurs des régions de disposer de conditions comparables à celles des grands centres urbains. À moins d’une semaine du scrutin, Yacine Idriss Diallo repart donc du Nord avec des soutiens affichés et un message clair de la part des clubs : ils sont prêts à accompagner sa candidature, mais attendent en retour des actes.
Dans cette campagne où chaque voix compte, le Nord pourrait ainsi constituer un réservoir électoral précieux pour le candidat de la liste « Unie pour le football ivoirien ». Mais pour transformer les promesses de soutien en véritable dynamique durable, le président sortant devra aussi répondre aux attentes exprimées sur le terrain.
E.KOUAKOU