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Connue du grand public comme proche de Laurent Gbagbo, elle affirme s’exprimer à titre personnel, refusant d’endosser les responsabilités attribuées aux divisions de son camp. « Il faut bien trouver un bouc émissaire », écrit-elle, évoquant les critiques récurrentes la désignant comme un obstacle à l’union.
Cette sortie intervient dans un contexte politique fragilisé. Après une année 2025 marquée par la domination du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix et l’inéligibilité de Laurent Gbagbo, les formations de gauche peinent à se reconstruire. Entre le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire, le Front populaire ivoirien dirigé par Pascal Affi N’Guessan, le Mouvement des générations capables de Simone Ehivet Gbagbo ou encore le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples de Charles Blé Goudé, les forces apparaissent dispersées.
Si des coalitions ponctuelles, comme la Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire, ont émergé aux côtés du Parti démocratique de Côte d’Ivoire pour porter des revendications électorales, l’unité politique durable reste hors de portée.
Dans son texte, Nadiany Bamba remet en cause le concept même de « gauche ivoirienne ». Elle estime que les clivages idéologiques classiques ne structurent pas la vie politique nationale, davantage dominée, selon elle, par des figures historiques et des logiques d’allégeance. Elle cite notamment un échange avec Ahoua Don Mello, partisan d’un rassemblement des forces de gauche, pour illustrer son désaccord. À ses yeux, l’appel à l’union repose sur un « déni de réalité » qui ignore les fractures profondes héritées de l’histoire politique récente.
La tribune revient ainsi sur les séquelles de la crise post-électorale ivoirienne de 2010-2011, notamment la scission du FPI entre la branche conduite par Pascal Affi N’Guessan et celle restée fidèle à Laurent Gbagbo, incarnée à l’époque par Aboudramane Sangaré. Sans le nommer frontalement, Nadiany Bamba critique la stratégie d’Affi N’Guessan, accusé d’avoir privilégié une participation au jeu institutionnel après l’arrestation de Gbagbo, là où d’autres cadres ont opté pour une fidélité sans compromis.
Plus largement, elle questionne la cohérence des appels à l’union. « Peut-on rassembler sans clarifier ce qui nous unit réellement ? », interroge-t-elle, soulignant les ambiguïtés persistantes entre les différentes composantes de l’opposition. Sa lecture de la scène politique ivoirienne est sans équivoque : elle oppose deux héritages majeurs, celui de Félix Houphouët-Boigny et celui de Laurent Gbagbo. « Nous sommes soit gbagboïstes, soit houphouëtistes », affirme-t-elle, rejetant l’idée d’une dilution du leadership de ce dernier dans une alliance élargie.
En filigrane, la tribune pose une question centrale : l’opposition ivoirienne peut-elle se reconstruire sans résoudre ses contradictions internes ? En attendant une réponse, cette sortie médiatique relance un débat sensible et met en lumière les lignes de fracture qui persistent à l’approche des prochaines échéances politiques.
J.F.PAGNI