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Elles n’ont pas mis fin à la guerre en Ukraine. Elles n’ont pas modifié les décisions politiques du Kremlin. En revanche, elles ont pénalisé des sportifs qui, pour la plupart, n’ont aucune responsabilité dans les choix de leurs dirigeants. Ce sont eux qui, depuis quatre ans, paient le prix d’un conflit qui les dépasse.
Début février, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a pris une position claire dans une interview accordée à Sky Sports. Selon lui, l’interdiction faite à la Russie de participer aux compétitions internationales “n’a rien apporté”.
“Cette suspension n’a rien apporté, elle n’a fait qu’accroître la frustration et la haine”, a-t-il déclaré. “Permettre aux filles et aux garçons russes de jouer au football dans d’autres régions d’Europe aiderait.”
Il est allé plus loin encore : “La FIFA ne devrait en réalité jamais interdire à un pays de jouer au football en raison des actes de ses dirigeants politiques. Quelqu’un doit maintenir les liens.” Le message est limpide. Le sport ne résout pas les conflits géopolitiques. En revanche, il peut maintenir des ponts quand tout le reste s’effondre.
Le Comité international olympique doit désormais aller plus loin. Non seulement en levant la suspension des athlètes russes et biélorusses, mais aussi en appelant clairement les fédérations internationales à faire de même, comme il leur avait demandé d’appliquer ces sanctions au début de la guerre. Si l’objectif était politique, il faut reconnaître qu’il n’a pas été atteint. S’entêter reviendrait à faire du sport un instrument de punition collective.
Le “casque de la mémoire” : le CIO face à ses contradictions
Le débat prend une autre dimension avec l’affaire concernant l’Ukrainien Vladyslav Heraskevych. Le spécialiste du skeleton souhaitait participer à l’épreuve masculine des Jeux olympiques d’hiver de Jeux olympiques d’hiver de 2026 en portant un casque rendant hommage à des sportifs ukrainiens tués depuis le début de l’invasion russe. Son équipement était orné de leurs portraits. Un geste symbolique, personnel, assumé.
Le CIO lui a interdit de l’utiliser, sous peine de disqualification. Malgré cela, le 11 février, il s’est de nouveau entraîné avec ce casque. La sanction est tombée : disqualification.
Ce n’était pas son premier acte engagé. Aux Jeux de Jeux olympiques d’hiver de 2022, à Pékin, il avait brandi une pancarte “No War in Ukraine” deux semaines avant l’invasion à grande échelle. Ce geste courageux avait fait de lui l’un des visages du sport ukrainien en temps de guerre.
La question est alors double. D’un côté, le CIO invoque la neutralité politique du sport pour interdire un casque commémoratif. De l’autre, il maintient depuis quatre ans des sanctions collectives contre des athlètes russes et biélorusses pour des décisions politiques qui ne relèvent pas d’eux.
Peut-on invoquer la neutralité dans un cas et l’ignorer dans l’autre ?
Peut-on parler d’universalité olympique tout en excluant durablement des sportifs pour des raisons qui dépassent leur responsabilité individuelle ?
Le sport comme espace de lien, pas comme outil de punition
Le mouvement olympique s’est toujours présenté comme un espace de dialogue, de respect et de fraternité entre les peuples. Il ne peut pas prétendre défendre ces valeurs tout en entretenant des exclusions qui n’ont produit aucun effet politique tangible.
Reconnaître que ces sanctions n’ont rien apporté ne signifie pas ignorer la gravité du conflit. Cela signifie admettre qu’elles n’ont pas atteint leur objectif et qu’elles frappent d’abord des individus qui n’ont pas décidé de la guerre.
Le CIO doit aujourd’hui faire preuve de courage politique. Lever les sanctions, encourager les fédérations à en faire autant, et réaffirmer que les athlètes ne sont pas les représentants militaires de leurs gouvernements.
J.F.PAGNI