Mieux, le parti, présidé par le chef de l’État Alassane Ouattara, ambitionne de renforcer sa majorité en augmentant le nombre de ses sièges. Mais il devra, pour cela, battre ses adversaires dans les urnes. Pour y arriver, le camp présidentiel a aligné ses poids lourds (vice-président de la République, chef du gouvernement, ministres, députés en fonction et autres élus et cadres régionaux) dans cette bataille électorale. L’idée est de mettre toutes les chances de son côté.
Jeudi 27 novembre 2025, à la faveur d’une réunion stratégique, à Abidjan-Cocody rue Lepic, Cissé Ibrahima Bacongo, secrétaire exécutif du Rhdp, a réaffirmé les deux priorités du parti présidentiel. L’une d’entre elles est d’accroître la majorité à l’Assemblée nationale. « Nous préparons activement deux moments phares : la prestation de serment de notre président, Alassane Ouattara (réélu à l’issue de l’élection présidentielle du 25 octobre 2025, Ndlr), le 8 décembre (2025, Ndlr), un symbole de notre stabilité institutionnelle ; et l’investiture de nos candidats pour les législatives du 27 décembre, qui doivent amplifier notre majorité à l’Assemblée nationale », a déclaré Cissé Ibrahima Bacongo.
Parmi les adversaires du Rhdp engagés dans les prochaines législatives, il y a le Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda), 64 sièges sur 255 à l’Assemblée nationale pour la législature 2020-2025. Ce parti dans l’opposition, présidé par Tidjane Thiam toujours en quasi exil, a décidé de prendre part au scrutin législatif, après avoir boycotté l’élection présidentielle du samedi 25 octobre 2025. « Je vous demande à toutes et à tous de vous mobiliser pour ces élections législatives. Nous avons toutes nos chances si nous arrivons à empêcher fraudes et tricheries…. Nous devons nous mobiliser pour l’emporter partout où nous aurons des candidats et soutenir partout ailleurs, les candidats de l’opposition. Un seul objectif pour nous : mettre fin au pouvoir Rhdp, une fois pour toutes, par des moyens pacifiques, par la voie des urnes », a dit Tidjane Thiam, le 31 octobre 2025, dans une lettre adressée aux militants du Pdci-Rda.
Le leader du vieux parti a clairement dévoilé l’enjeu des législatives pour le Pdci-Rda : « Nous assisterons à une tentative d’accroître une majorité Rhdp qui n’est due qu’à un découpage absolument scandaleux du territoire. Ces personnes voudront utiliser les résultats de ces législatives pour confirmer les chiffres qu’ils nous ont annoncés pour la présidentielle. Voilà le piège qui nous est tendu… Notre présence aux législatives n’a de sens que si nous pouvons échapper à ce piège. Nous n’échapperons à ce piège que si la participation à ces élections est la plus élevée jamais constatée dans l’histoire de notre pays ».
Du côté du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (Ppa-Ci), pas question de participer aux législatives de décembre 2025 après le boycott de la présidentielle. Il s’agit d’une décision formelle prise par le comité central de cette formation politique, le jeudi 6 novembre 2025, à Abidjan-Cocody. Le parti, dirigé par l’ex président ivoirien Laurent Gbagbo, continue de pleurer « ses morts et ses blessés », et réclame, avec insistance, la libération de tous ses militants et cadres détenus dans les prisons ivoiriennes.
Cependant, cette politique de la chaise vide dans laquelle s’inscrit le Ppa-Ci fera perdre de précieux sièges à ce parti au sein de l’Assemblée nationale, particulièrement des sièges gagnés à Yopougon et dans l’Ouest du pays. En effet, le Ppa-Ci dispose, pour l’heure, d’un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale, notamment 18 sièges sur 255 pour la législature 2020-2025. Ce groupe parlementaire, instrument politique majeur du Ppa-Ci à l’hémicycle, n’existera plus pour la législature 2025-2030, sauf rebondissements inédits.
Dans cette configuration politique, de nombreux candidats indépendants, en lice pour les prochaines législatives, sont en embuscade. Leur but : rafler un maximum de sièges à l’Assemblée nationale pour se positionner comme une force alternative aux partis politiques traditionnels. Beaucoup de ces candidats dits indépendants sont issus du Rhdp, du Pdci-Rda ou du Ppa-Ci. Ils ont ouvertement défié la ligne adoptée par leurs partis politiques respectifs. Certains d’entre eux ont déjà été sanctionnés, notamment au niveau du Ppa-Ci, d’autres sont en sursis en ce qui concerne le Rhdp et le Pdci-Rda.
Dans l’ensemble, le paysage politique à l’approche des législatives du 27 décembre 2025 révèle une recomposition stratégique majeure, où chaque camp joue une partie décisive pour son avenir institutionnel. Le Rhdp vise à consolider et élargir sa majorité parlementaire en mobilisant ses plus hauts cadres, afin de sécuriser l’hégémonie politique acquise durant la précédente mandature. Face à lui, le Pdci-Rda de Tidjane Thiam tente un retour offensif, après son exclusion de la présidentielle, en misant sur une forte mobilisation populaire pour contrer ce qu’il décrit comme un piège institutionnel, et empêcher une domination unilatérale du parti au pouvoir.
Le Ppa-Ci, quant à lui, opte pour la politique de la chaise vide, une stratégie qui, bien que cohérente avec sa contestation du processus électoral et son deuil militant, risque de lui coûter son groupe parlementaire, réduisant son influence institutionnelle. Dans ce contexte, les candidats indépendants apparaissent comme les véritables arbitres de ce scrutin : issus, pour beaucoup, des grands partis, parfois en rupture avec leurs directions, ils peuvent rebattre les cartes en profitant des fractures internes pour s’imposer comme une troisième force imprévisible au sein du futur Parlement.
Axel KONE