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Les avocats mandatés par Tripoli ont détaillé leurs demandes en deux volets : 5 millions d’euros pour le préjudice matériel et 5 millions supplémentaires pour le préjudice moral. La partie civile considère que l’affaire dépasse le seul cadre politique français et concerne directement des ressources appartenant au peuple libyen durant la période de Mouammar Kadhafi. Selon les représentants libyens, les sommes évoquées dans le dossier relèvent d’un usage illicite de fonds souverains ayant servi à financer des opérations politiques extérieures.
Le contentieux remonte aux investigations ouvertes en France autour de soupçons de transferts financiers occultes intervenus en 2006. Les magistrats français s’intéressent notamment au rôle joué par l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, accusé d’avoir facilité des circuits financiers clandestins destinés à soutenir la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Depuis plusieurs années, ce dossier alimente l’un des plus importants scandales politico-judiciaires de la Ve République française.
L’avocat libyen Issam Al-Tajouri a affirmé devant plusieurs médias que la démarche engagée par Tripoli ne constituait pas une nouvelle plainte, mais une réaffirmation des actions civiles déjà introduites par l’État libyen dans cette procédure. Il a précisé que les arguments juridiques reposaient sur des dispositions du Code pénal et du Code de procédure pénale français relatives au recel de fonds issus d’activités criminelles, à la corruption internationale et au trafic d’influence.
Cette nouvelle étape judiciaire intervient alors que Nicolas Sarkozy continue de contester l’ensemble des accusations portées contre lui. L’ancien président français avait déjà été condamné dans cette affaire à une peine de cinq ans de prison pour «association de malfaiteurs», une décision qu’il conteste fermement. Ses avocats dénoncent depuis le début une procédure fondée sur des témoignages contradictoires et des accusations politiquement instrumentalisées.
Au-delà du volet pénal français, cette offensive judiciaire illustre également la volonté des autorités libyennes de réactiver plusieurs dossiers hérités de l’ère Kadhafi afin de récupérer des avoirs et défendre les intérêts financiers de l’État. Plus d’une décennie après la chute du régime libyen, l’affaire Sarkozy demeure ainsi au croisement des tensions diplomatiques, des rivalités politiques françaises et des contentieux financiers liés à l’ancien pouvoir libyen.
APA