Les relations transatlantiques sont traversées par de nouvelles interrogations sur la stratégie à adopter face à Moscou. Selon des informations rapportées vendredi 30 octobre par l’agence Reuters, des responsables du Pentagone ont récemment invité plusieurs pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) à faire preuve de davantage de retenue dans leurs prises de position publiques concernant la menace russe.
La Lituanie, la Lettonie et l’Estonie figureraient parmi les pays concernés par ces recommandations, transmises lors de rencontres bilatérales. Quatre sources proches du dossier, dont trois responsables européens et un responsable américain, ont confirmé l’existence de ces échanges. Elles précisent toutefois que les remarques américaines n’auraient pas été formulées sur un ton conflictuel.
Parmi les interventions évoquées figure celle du sous-secrétaire américain à la Défense, Elbridge Colby. Selon une source citée par Reuters, ce dernier aurait récemment conseillé à un responsable balte de ne pas « titiller » la Russie, estimant que certaines déclarations publiques européennes étaient contre-productives. Lors d’une autre rencontre, une délégation estonienne aurait également été invitée par le Pentagone à faire preuve de « modération » dans sa communication. Un responsable européen, décrivant le contenu des messages américains, a résumé cette position en ces termes : « Nous vous aidons. Les Américains sont là. Mais ne parlez pas trop fort. Ne faites pas de bruit. »
Interrogé sur ces informations, un responsable du Pentagone a refusé de commenter : « Les conversations privées entre alliés restent confidentielles. Nous ne ferons donc aucun commentaire sur ces allégations. »
Des divergences sur la stratégie face à Moscou
Ces recommandations mettent en lumière un débat qui traverse l’Otan sur la manière de communiquer autour du risque russe. Pour certains responsables occidentaux, insister publiquement sur la menace que représente Moscou pourrait servir les intérêts du Kremlin, en alimentant un climat de peur et en fragilisant le soutien des opinions publiques à l’Ukraine.
D’autres responsables européens défendent, au contraire, une communication transparente. Selon eux, les populations doivent être informées des risques sécuritaires afin de comprendre la nécessité d’accroître les dépenses militaires et de consentir aux efforts nécessaires pour renforcer la défense du continent.
Les conseils américains auraient notamment surpris certains responsables baltes, alors que les services de renseignement de ces pays ont, ces derniers mois, relativisé la probabilité d’une attaque russe susceptible de mettre à l’épreuve les mécanismes de défense collective de l’Alliance. D’autres services de renseignement de l’Otan ont, en revanche, alerté sur le risque d’une intensification des opérations de sabotage attribuées à la Russie.
Cette démarche intervient dans un contexte diplomatique particulièrement sensible. L’administration américaine cherche à relancer les négociations en vue de mettre fin à la guerre en Ukraine et explore parallèlement de possibles accords commerciaux avec la Russie. Une orientation qui suscite des réserves dans plusieurs capitales européennes, attachées au maintien de la pression économique sur Moscou.
Washington revoit également son engagement militaire
Au-delà du discours diplomatique, les États-Unis réexaminent leur dispositif militaire en Europe. Cette réflexion pourrait déboucher sur une réduction significative de leur présence sur le continent, alors que Washington souhaite réorienter une partie de ses ressources vers d’autres priorités stratégiques, notamment au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Asie de l’Est.
Les responsables américains estiment que les Européens doivent désormais assumer une part plus importante de leur propre sécurité. Une exigence qui intervient alors que la guerre en Ukraine continue de peser sur l’équilibre sécuritaire du continent et sur la cohésion de l’Alliance atlantique.
J.F.PAGNI Avec Reuters