Le débat s’est intensifié après le projet porté par Infantino visant à ouvrir à des investisseurs privés une partie des droits commerciaux de la Fifa, notamment ceux liés à la Coupe du monde. Si le projet a depuis été abandonné face aux nombreuses oppositions, il a ravivé les interrogations sur la gouvernance de l’instance mondiale et sur la place accordée aux différentes composantes du football.
Drogba réclame du changement
Didier Drogba figure parmi les anciennes stars associées à l’appel à une réforme de la Fifa. Aux côtés notamment d’Emmanuel Petit, Mikaël Silvestre, Bixente Lizarazu, Robert Pirès, Juan Sebastián Verón, Claudio Pizarro, Lucy Bronze et Emmanuel Adebayor, l’ancien capitaine des Éléphants réclame une évolution du mode de gouvernance du football mondial. « Nous appelons toutes les parties prenantes à passer à l’action pour redéfinir l’avenir de notre sport. C’est un appel qui nous unit tous, du football de base jusqu’au plus haut niveau. Une nouvelle ère exige un changement structurel », indique le texte, publié sur les réseaux sociaux d’anciens footballeurs en anglais, espagnol et français. Le collectif estime que les joueurs et les supporters doivent disposer d’une voix plus importante dans les décisions concernant l’avenir de leur sport. « Il faut accorder aux joueurs et aux supporters un droit de regard réel et direct sur la gestion du football », clament-ils.Pour ces anciennes gloires, la communauté du football est restée trop longtemps à l’écart des grandes décisions et une nouvelle étape impose, selon elles, un changement structurel. La présence de Drogba dans cette démarche donne une résonance particulière au mouvement en Afrique. Figure emblématique du football ivoirien et africain, l’ancien attaquant de Chelsea s’inscrit ainsi, sur ce dossier, dans un courant qui conteste la méthode et certaines orientations de l’actuelle direction de la Fifa.
Eto’o défend le bilan
À l’opposé, Samuel Eto’o a clairement choisi son camp. Dans un entretien accordé à Cnn lundi 24 août, le président de la Fédération camerounaise de football a pris la défense de Gianni Infantino et appelé à reconnaître les résultats de son mandat. Pour l’ancien attaquant du FC Barcelone, une partie des critiques doit être replacée dans le contexte de la prochaine élection présidentielle de la Fifa. « Tout ça est arrivé parce qu’il y a des élections à venir », a-t-il estimé. Eto’o insiste particulièrement sur l’action d’Infantino en faveur du football africain. Selon lui, le dirigeant a contribué au développement des fédérations du continent et permis à plusieurs d’entre elles de progresser plus rapidement. « Il a aidé notre continent. Il a aidé nos fédérations à se développer beaucoup plus rapidement », a déclaré Eto’o, estimant qu’il fallait soutenir Infantino pour le travail accompli. Pour l’ancien capitaine des Lions indomptables, le président de la Fifa « a changé le football ».
La divergence entre Drogba et Eto’o dépasse donc la simple question de personne. Elle traduit deux lectures différentes de la période Infantino. D’un côté, les contestataires veulent davantage de participation des joueurs et des supporters et réclament une réforme de la gouvernance. De l’autre, Eto’o met en avant les résultats obtenus sous la présidence d’Infantino, particulièrement en Afrique, et considère que certaines critiques sont liées aux enjeux de pouvoir de la prochaine élection. Le Camerounais va même jusqu’à défendre le principe du projet d’investissement privé envisagé par la Fifa. À ses yeux, une telle initiative aurait pu permettre de mobiliser davantage de ressources et de rééquilibrer les rapports de force dans le football mondial, notamment au bénéfice du continent africain. Cette position tranche avec celle du mouvement auquel est associé Drogba et avec les critiques formulées par plusieurs fédérations. Dimanche dernier, les six fédérations nordiques, réunies à Helsinki, ont annoncé avoir « perdu confiance » en Infantino, rejoignant une contestation déjà portée par plusieurs acteurs institutionnels du football mondial.
La fracture entre les deux anciennes stars africaines intervient à un moment particulièrement sensible pour la Fifa. L’élection présidentielle prévue en 2027 devrait accentuer les débats sur le bilan d’Infantino, sa gouvernance et les orientations économiques de l’instance.
E.KOUAKOU