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La rédaction de L’Éléphant Déchaîné a pris connaissance, avec une réelle surprise, du droit de réponse de Madame la Ministre de la Cohésion nationale et de la Solidarité. Celui-ci, bien qu’adressé à notre journal, a été diffusé sur les réseaux sociaux et sur la page Facebook officielle de la Ministre, alors même qu’elle précise avoir lu l’information litigieuse « dans le hors-série n°1 de votre journal du mois de juillet ».
Une diffusion sur les réseaux sociaux en violation de la loi
Il convient de rappeler que la loi sur la presse encadre strictement l’exercice du droit de réponse. L’article 68 nouveau dispose en effet que « le droit de réponse est interdit de parution ou de diffusion dans des publications autres que celles ayant mis en cause l’auteur de la réponse ».
En choisissant de publier votre droit de réponse sur les réseaux sociaux, alors que vous affirmez avoir lu l’information dans le journal et non sur les réseaux sociaux, and alors que la rédaction n’a pas encore reçu physiquement ledit droit de réponse, vous contrevenez à la loi. Ce faisant, vous nous contraignez à réagir, alors même que le respect de la procédure nous aurait empêchés d’y répondre.
Incohérences et contradictions sur la chronologie des démolitions
Au demeurant, le contenu de votre droit de réponse suscite de nombreuses préoccupations. Vous reprochez au journal d’avoir écrit que vous aviez reçu M. Alloui Brou Jacques le 2 juin, soit la veille de l’opération de déguerpissement, alors que vous affirmez ne l’avoir reçu que le 4 juin, au moment où l’opération se poursuivait. Vous écrivez en des termes particulièrement sévères : « Le ministère de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la pauvreté s’inscrit en faux contre cette affirmation, aussi grossière que dénuée de fondement, et rétablit ici la chronologie exacte des faits. »
Or, votre droit de réponse repose sur une simple divergence de chronologie et non sur la réalité des faits. La rédaction réaffirme que le déguerpissement de Koumassi Campement a bel et bien débuté le 3 juin et s’est achevé le soir même, et non le 2 juin comme vous l’indiquez dans votre droit de réponse. Le Procureur de la République lui-même, dans son communiqué du 10 juin, a écrit que les « démolitions des constructions ont été opérées le 3 juin ».
Le 4 juin, date à laquelle vous affirmez avoir reçu M. Alloui Brou pour lui demander de surseoir à l’opération, celle-ci était déjà terminée. Vous-même, sur votre page officielle certifiée, avez indiqué que le déguerpissement s’était déroulé le 3 juin. Or, aujourd’hui, vous revenez sur vos propres déclarations en soutenant que l’opération aurait débuté le 2 juin pour se prolonger jusqu’au 4 juin. Dès lors, une interrogation s’impose : quelle est la version exacte que nous devons retenir ?
Le respect du contradictoire et la faillite de la communication ministérielle
Le ton adopté dans votre droit de réponse laisse entendre que les journalistes auraient manqué de professionnalisme, d’où votre menace, in fine, de saisir les juridictions compétentes. Pourtant, les journalistes ont scrupuleusement respecté les règles déontologiques. Afin d’éviter toute confusion dans la redaction de leurs papiers, ils ont appliqué le principe du contradictoire en vous sollicitant directement pour éclairer leur enquête.
C’est ainsi que, le 30 juin, par courrier déposé à votre cabinet, they vous ont soumis une question en citant une dépêche de l’AIP mentionnant la date du 2 juin. Vous avez eu plus de huit jours pour répondre et il vous aurait suffi, par l’intermédiaire de votre direction de communication, de rectifier la date auprès des journalistes. Ni vous, ni votre direction de la Communication, n’avez donné suite à cette démarche. En définitive, les journalistes ont agi avec professionnalisme et rigueur. C’est votre direction de communication qui a failli.
La rédaction attend de recevoir physiquement votre droit de réponse pour le publier dans le journal, conformément à la loi. Nous saisissons cette occasion pour inviter l’ensemble des administrations publiques à ne pas opposer le silence ou le mépris aux journalistes dans l’exercice de leurs fonctions. Ils constituent un pilier essentiel de la démocratie et de l’État de droit. Ils sont le 4e pouvoir.
Enfin, il n’est pas inutile, madame la ministre, de rappeler que M. Assalé Tiémoko n’occupe nullement les fonctions de Directeur de la publication de L’Éléphant Déchaîné, comme vous l’écrivez. Toutes les informations le concernant figurent noir sur blanc dans le journal que vous avez vous-même lu aujourd’hui. Comme quoi, nul n’est a l’abri d’une confusion.
Source « L’Eléphant Déchaîné »