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Ce 5 février, au tribunal d’Abidjan-Plateau, les avocats du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) n’ont même pas eu à plaider. À la surprise générale, les requérants qui demandaient l’annulation du 9e congrès extraordinaire – et donc, la chute de Tidjane Thiam – ont retiré leur plainte. Une victoire par forfait obtenue en coulisses. « Le camp Thiam a réussi la prouesse d’étouffer l’affaire », souffle un cadre du parti qui soutenait cette initiative.
Une victoire judiciaire qui cache mal la guerre de tranchées qui fait rage à l’Assemblée nationale. Le groupe parlementaire, réduit à 31 élus après l’invalidation de l’élection de l’un d’eux, est au bord de l’implosion. « Si on enlève les trois députés-maires frondeurs d’Abidjan [Sylvestre Emmou, Jean-Marc Yacé et Jacques Ehouo ont refusé de siéger], il en reste 28. Mais ce bloc est instable car beaucoup observent en silence », décrypte un député.
Sans compter que la nomination de Me Jean-Chrysostome Blessy (Baoulé et député de Béoumi) à la présidence du groupe a eu un effet pervers. Au nom d’équilibres régionaux rigides, sa promotion a mécaniquement exclu tous les autres cadres de la même ethnie des postes stratégiques. Toujours selon notre source, « le président du parti [Tidjane Thiam] a nommé le président du groupe parlementaire, lequel s’autorise à procéder à des nominations. Me Blessy Chrysostome l’a lui-même reconnu ». Joint par Jeune Afrique, ce dernier n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Eliane N’Zi en a été la principale victime collatérale. La députée baoulé de Bocanda, qui entame son troisième mandat, souhaitait rester vice-présidente. Mais le poste a été « verrouillé » et attribué à Soumaïla Bredoumy, originaire de l’est (agni). En interne, on la dit « fâchée » et « très frustrée », mais elle a choisi de garder le silence, « discipline du parti oblige », confie un proche.
Médiation secrète des doyens
Dans les rangs du parti, on tente de trouver des solutions à la crise. Le 5 février, alors que le sort de Tidjane Thiam se jouait au tribunal, un panel se réunissait à la « Maison du parti », à Cocody, sous l’impulsion du réseau des cadres « Pdci Notre Héritage » dirigé par Djedri N’Goran, vice-président et ancien directeur de cabinet d’Henri Konan Bédié.
Sous le regard de figures tutélaires comme Denis Ossey Gnassou (président du Conseil des sages), Félix Boa Yapo, Jean Gnrangbé ou l’ancien ministre Bandama N’Gatta, Djedri N’Goran a lancé un appel à l’unité : « L’avenir du Pdci ne se construira jamais dans les querelles stériles. » Il a officiellement proposé la création d’un Comité de conciliation et de rapprochement interne (Ccri). Dès le lendemain, le président du parti a envoyé un message personnel de félicitations à Djedri N’Goran. Ce Ccri devrait être piloté, selon nos informations, par l’ancien ministre du Commerce Amoakon Edjampan Thiémélé. Seule ombre au tableau : l’absence très remarquée de Maurice Kakou Guikahué, pourtant formellement invité.
En parallèle, une médiation secrète est menée par le doyen Joseph Kouamé Kra. « On n’a même pas commencé, on fait la liste des participants », esquive l’intéressé, joint par JA. Djedri N’Goran, lui, se veut optimiste. « Je fais confiance à ces trois frères : Sylvestre Emmou, Jean-Marc Yacé et Jacques Ehouo. Je pense qu’ils voient l’intérêt supérieur du Pdci et que, grâce à nos doyens qui représentent vraiment quelque chose de sacré, on trouvera une solution. »
Tidjane Thiam et les émissaires d’Abidjan
Selon nos sources, dès les premières tensions, Tidjane Thiam a dépêché des émissaires pour essayer de régler les différends. Mais au niveau de la direction du parti, « certains sont formels, ils ne veulent pas négocier avec les frondeurs ». Chez les jeunes, l’ancien député et membre du bureau politique Marius Konan est monté au créneau avec une feuille de route claire pour sauver le parti. « Il faut rassembler tout le monde autour du secrétaire exécutif. Ne pas exclure Jean-Louis Billon, ne pas exclure Thierry Tanoh, ne pas exclure Guikahué », plaide-t-il, déplorant que ces « intelligences » se soient murées dans le silence.
Marius Konan appelle aussi à discuter avec le pouvoir. « Il faut engager des pourparlers avec notre ancien allié [le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, le parti présidentiel] pour sortir de la situation de peur et obtenir la libération de nos prisonniers, analyse-t-il. Il faut 180 muscles pour grimacer, alors que 10 suffisent pour sourire. »
Gestion à distance
Reste la question qui hante les couloirs du vieux parti : l’absence prolongée de Tidjane Thiam, installé à Paris depuis mars 2025. Lors du panel du 5 février dernier, le secrétaire exécutif en chef, Calice Yapo Yapo, a tenu à clore le débat. « La présence ou l’absence du président sur le territoire ivoirien n’entrave en rien le fonctionnement du Pdci », a-t-il martelé, assurant que « tous les organes sont fonctionnels » et que le parti n’est sous aucune tutelle juridique.
Pour justifier cette gestion à distance, Calice Yapo Yapo n’a pas hésité à convoquer l’Histoire : « Le président Houphouët-Boigny, entre 1950 et 1953, alors qu’il était pourchassé, est resté en France sans qu’un seul militant ne demande où il était. Le président Henri Konan Bédié, après le coup d’État de 1999, a été contraint à l’exil et le parti a fonctionné […] Nous sommes à l’ère d’internet et de Zoom. Celui qui veut faire une réunion avec le président le fait. »
Source : jeuneafrique.com
N.B. : Les titres sont de la Rédaction.