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En cause : la flambée récurrente des tarifs appliqués par les applications de transport lors des fortes pluies à Abidjan, un phénomène qui alimente depuis plusieurs mois la colère des usagers.
Le premier signal est venu d’une publication énigmatique relayée récemment sur les canaux officiels de la DGTTC : « Les tarifs des VTC, entreprises de mise en relation… ça vient vers vous ». Derrière ce message, se dessine en réalité une offensive réglementaire d’ampleur contre ce que certains responsables qualifient désormais de « dérive tarifaire ».
Selon une source proche du dossier au ministère des Transports, les responsables des plateformes telles que Yango, InDrive ou Heetch seront prochainement entendus sur la question sensible de la « tarification dynamique », encore appelée surge pricing.
À Abidjan, la scène est devenue familière à chaque épisode pluvieux. En quelques minutes, les prix des courses explosent sur les applications mobiles. Certaines factures doublent, triplent, voire quadruplent, laissant des milliers d’usagers sans alternative dans une ville déjà confrontée à d’importantes difficultés de mobilité.
Pour les autorités, cette situation ne peut plus être considérée comme un simple mécanisme de marché. « Nous sommes dans un État de droit. Tout se fera sur la base des textes existants », assure une source interne à l’administration des transports, qui confirme que plusieurs scénarios d’encadrement sont actuellement à l’étude. Le dossier est suivi de près au sein du cabinet du directeur général de la DGTTC, Oumar Sacko, tandis que juristes et équipes techniques travaillent à la définition du futur dispositif réglementaire.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité des réformes engagées ces derniers mois par le ministre des Transports, Amadou Koné, qui avait déjà évoqué la nécessité d’un meilleur encadrement des plateformes numériques de transport urbain. Parmi les pistes étudiées figurent notamment la limitation de la hausse automatique des prix en période de forte demande, mais aussi l’exigence d’une plus grande transparence sur le fonctionnement des algorithmes utilisés par les applications.
L’enjeu est de taille pour l’État ivoirien. En quelques années, les VTC se sont imposés comme des acteurs incontournables de la mobilité urbaine, profitant notamment de la saturation chronique des transports publics dans le Grand Abidjan. Le secteur représenterait aujourd’hui près de 30 000 chauffeurs actifs à travers le pays et capterait une part significative des quelque 17 millions de déplacements quotidiens enregistrés dans la capitale économique.
Selon le rapport Étude du marché ivoirien du VTC 2024 publié par Africa Data Intelligence, les dépenses liées aux déplacements urbains à Abidjan atteindraient près de 4 milliards de FCFA par jour. Les commissions perçues par les plateformes auraient dépassé les 600 millions de FCFA dès 2023.
Mais cette croissance spectaculaire s’accompagne d’une contestation de plus en plus visible. Au-delà des critiques sur le service client ou le comportement de certains chauffeurs, c’est surtout l’impression d’une exploitation des usagers en période de pluie qui cristallise les tensions. Pris au piège des embouteillages, des inondations et du manque d’alternatives de transport, de nombreux Abidjanais dénoncent une forme de « racket numérique » imposé par les algorithmes des plateformes.
Reste désormais à savoir jusqu’où l’État ivoirien est prêt à aller pour réguler ces multinationales technologiques sans provoquer une désorganisation du secteur ou un retrait massif des chauffeurs. Une chose est certaine : le bras de fer entre les autorités ivoiriennes et les géants du VTC ne fait que commencer.
J.F.PAGNI