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Dans cet espace de débats publics, de réflexion, d’information et de dialogue dans le respect des différences d’opinion, Ahoua Don-Mello a animé une communication sur le thème : « Relecture du processus électoral 2025 : présidentielle et législatives ». Questionné, lors de la phase des échanges, sur sa situation au sein de sa formation politique, le Docteur-ingénieur a critiqué la démocratie interne au Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (Ppa-Ci). Le parti socio-démocrate l’a révoqué de toutes ses fonctions en interne, en raison du maintien de sa candidature à la présidentielle d’octobre 2025.
Le Ppa-Ci n’a pas pu participer à la présidentielle de 2025 du fait du rejet de la candidature de son président, Laurent Gbagbo, par le Conseil constitutionnel, le nom de l’ex-chef d’État étant absent de la liste électorale à cause d’une décision de justice devenue définitive. Le parti de Laurent Gbagbo a refusé de choisir un autre candidat, optant pour le boycott de la présidentielle de 2025.
Pour Ahoua Don-Mello, il fallait plutôt choisir un « plan B » comme il l’avait proposé avec sa « candidature de précaution ». Le candidat à la présidentielle de 2025 a fustigé le manque de démocratie véritable en interne au Ppa-Ci. « Il faut savoir que tant qu’on n’a pas gagné la bataille pour la démocratie interne dans les différents partis politiques, on ne peut pas gagner la bataille pour la démocratie nationale puisque ce sont les partis politiques qui accèdent au pouvoir, qui organisent la vie démocratique. Et donc, si ce n’est pas pratiqué dans le parti, ce n’est pas quand vous allez arriver au pouvoir que vous allez faire la démocratie. Voilà la problématique que nous avons en Côte d’Ivoire », a-t-il décrié.
Le conférencier a prôné le droit à la différence et le débat démocratique pour résoudre les problèmes internes au Ppa-Ci. « Donc, souvent, c’est bien de demander au gouvernement : dialoguons ! Mais c’est ce que j’ai demandé à l’intérieur de mon parti, qu’on ouvre le dialogue pour qu’on analyse sérieusement le processus électoral… Je pense que si on avait mené cette réflexion jusqu’au bout, on aurait fait de bonnes choses. Mais, malheureusement, beaucoup ont pensé qu’il y avait un miracle pour empêcher que les élections se déroulent », a-t-il déploré. Et d’ajouter : « Engager un bras de fer serait sans issue. Il fallait utiliser la stratégie sénégalaise qui a été gagnante. Et donc, cette stratégie, pour moi, pouvait être adoptée ».
Proposition de dialogue interne
Avant le prochain congrès du Ppa-Ci prévue le 15 mai 2026, l’ex-collaborateur de Laurent Gbagbo a proposé à son parti l’ouverture d’un dialogue politique franc, pour régler un certain nombre de questions en interne. « Je suis militant du Ppa-Ci et je demande l’ouverture d’un dialogue démocratique… Je réclame un dialogue », a-t-il souhaité avec insistance. Ce dernier a posé un diagnostic : « Il faut qu’on se batte en même temps pour démocratiser nos partis, et en même temps, se battre pour penser une démocratie adaptée à notre pays. Voilà les deux batailles que nous devons faire simultanément, je dirais concomitamment ».
Auparavant, le Vp de l’Alliance internationale des Brics a fait un tour d’horizon sur la situation géopolitique mondiale, le processus de l’avènement d’un nouvel ordre mondial et la lutte multiforme intense entre les Brics et l’Occident dirigé par les États-Unis et leurs alliés européens, dont la France. L’ex-candidat à la présidentielle a également remis en question le cadre institutionnel en Côte d’Ivoire qui, selon lui, a pesé dans les batailles électorales de 2025. « Ce parti (le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix – Rhdp) s’est mué en parti-État… Le secteur public, tout comme le secteur privé est dominé par le parti-État… Cela crée une forte inégalité… Et ça se reflète sur la Commission électorale indépendante », a-t-il mentionné, dénonçant « un foyer de pollution généralisé du système électoral ».
Ahoua Don-Mello a aussi évoqué la situation socio-économique de la Côte d’Ivoire, attirant l’attention sur le taux de pauvreté qu’il a jugé élevé, le chômage, l’accès aux soins qu’il a estimé difficile, ainsi que les défaillances du système éducatif national. Selon lui, tous ces facteurs combinés ont joué un rôle clé dans l’issue de la présidentielle d’octobre 2025 et des législatives de décembre 2025. « Vous avez 12 millions de pauvres en Côte d’Ivoire… Les élections de 2025 se sont déroulées dans l’ambiance de méfiance réciproque entre le parti au pouvoir et les grands partis de l’opposition, le Pdci-Rda (Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain, ndlr) et le Ppa-Ci », a dit l’ex-candidat au scrutin présidentiel.
Plus tard, il a affirmé : « Nous n’avons pas encore atteint la démocratie… Nous avons besoin d’une démocratie. Il ne peut avoir de démocratie qu’avec des institutions démocratiques ». Le conférencier a, par ailleurs, rappelé son projet de société pour la Côte d’Ivoire, tout en relevant l’importance de la paix et de la souveraineté pour le pays. « Nous avons perdu une bataille »,a-t-il soutenu au sujet de la présidentielle de 2025, jugeant ses résultats encourageants. Ahoua Don-Mello a obtenu 1,97 % à l’issue de la présidentielle d’octobre 2025.
L’ancien Vp du Ppa-Ci a indiqué qu’il garde la foi dans le fait que son combat, « la bataille pour la démocratie et pour la souveraineté » totale de la Côte d’Ivoire aboutira, tôt ou tard. « Moi je veux pour la Côte d’Ivoire un pays qui s’ouvre à tout le monde », a-t-il partagé sa vision, lui qui défend le panafricanisme tel que prévu dans l’agenda 2063 de l’Union africaine (Ua) pour la souveraineté véritable de ses États membres et pour l’intégration africaine.
Kouamé Jean-Marc Hovi, coordonnateur du West Africa network for peace building (Wanep-Ci), une organisation de la société civile dédiée à la prévention des conflits et à la promotion de la paix, était le co-conférencier à cette activité du Cerap. Il a abordé la question de la Révision de la liste électorale (Rle) qui n’a pas eu lieu en 2025, faisant un lien avec un désintérêt de certains Ivoiriens pour le processus électoral en Côte d’Ivoire. Il est, globalement, revenu sur les élections de 2025, livrant les observations du Wanep-Ci.
E.KOUAKOU