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Le Conseil des ministres, réuni ce mercredi 12 novembre 2025, a donné son feu vert à l’ouverture de négociations entre l’État de Côte d’Ivoire et la société Murphy Côte d’Ivoire, filiale du groupe américain Murphy Oil Corporation, pour la conclusion de contrats pétroliers relatifs au bloc CI-807. Cette décision confirme la volonté du gouvernement d’intensifier l’exploration et la valorisation de son potentiel pétrolier, dans un contexte de forte dynamique du secteur énergétique.
Le bloc CI-807, d’une superficie d’environ 364 km², est situé sur la marge Est du bassin sédimentaire ivoirien, zone qui suscite depuis plusieurs années l’intérêt de nombreux opérateurs internationaux. Selon la communication du gouvernement, Murphy Côte d’Ivoire, déjà présente sur plusieurs blocs du littoral, a manifesté un « grand intérêt » pour ce bloc, dont le potentiel reste à confirmer par des études approfondies.
Murphy Oil, basée à Houston (États-Unis), est un opérateur expérimenté dans l’exploration offshore et le développement de champs pétroliers à haut potentiel, notamment dans le golfe du Mexique et en Malaisie. Son renforcement en Côte d’Ivoire traduit la confiance des investisseurs étrangers dans le climat économique et institutionnel du pays, mais aussi l’attractivité croissante du bassin sédimentaire ivoirien depuis la découverte du gisement Baleine par l’italien Eni en 2021.
Ce champ, considéré comme le plus important jamais découvert dans le pays, a profondément relancé la dynamique du secteur. En 2024, la Côte d’Ivoire a produit 16,1 millions de barils de pétrole brut, soit une moyenne quotidienne de 44 000 barils, en hausse de 50 % par rapport à 2023. Cette performance est principalement attribuée à la montée en régime du champ Baleine, dont la production à grande échelle a débuté fin août 2023.
Malgré cette progression, la valeur de la part de l’État dans la production pétrolière et gazière a atteint 357,2 millions de dollars (216,7 milliards de FCFA), en baisse de 14 % par rapport à fin 2023, conséquence d’une conjoncture marquée par la baisse des cours mondiaux et la récupération des coûts d’investissement par les compagnies opératrices. En revanche, les droits perçus sur les produits pétroliers ont fortement augmenté, passant de 365,7 milliards à 627,7 milliards de FCFA, soit une hausse de plus de 71 %, traduisant la vigueur de la demande intérieure et la performance du dispositif fiscal.
L’intérêt de ce nouvel engagement pour la Côte d’Ivoire est donc double. D’une part, il confirme la stabilité et l’attractivité du cadre d’investissement ivoirien, salué par de nombreux partenaires internationaux. D’autre part, il s’inscrit dans la stratégie nationale de souveraineté énergétique, pilotée par le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, qui vise à accroître la production nationale d’hydrocarbures tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des importations.
Les discussions avec Murphy Côte d’Ivoire devraient, selon des sources proches du dossier, porter sur un contrat de partage de production (CPP), modèle privilégié par la Côte d’Ivoire pour ses accords pétroliers. Ce type de contrat permet à l’État de conserver la propriété des ressources tout en partageant la production avec l’opérateur après déduction des coûts d’exploration.
Dans ce contexte de reprise soutenue de la production nationale, l’arrivée de Murphy Oil sur un nouveau bloc pourrait consolider la position de la Côte d’Ivoire comme un acteur émergent de l’énergie en Afrique de l’Ouest. En autorisant l’ouverture de ces négociations, le gouvernement d’Alassane Ouattara entend consolider les acquis du secteur pétrolier, dont la contribution au PIB avoisine aujourd’hui 7 %, tout en poursuivant la diversification du mix énergétique national, où les énergies renouvelables occupent une place croissante.
J.F.PAGNI