Des athlètes pris pour cibles
Les noms des sportifs tombés se multiplient dans un silence assourdissant : Suleiman al-Obeid, ancien international palestinien, a succombé aux bombardements, après Moyin al-Maghribi et Mohammed Barakat, morts eux aussi sous les frappes israéliennes. Chaque mois apporte son lot de victimes, chaque frappe efface une génération de talents. Le sport, qui devrait être un espace de paix, de solidarité et d’émancipation, devient un champ de ruines.
Le double standard des institutions sportives
Face à ces chiffres, le contraste est brutal. Lorsqu’un conflit éclate en Europe, les instances sportives internationales brandissent des sanctions immédiates. La Russie a été exclue de la plupart des compétitions internationales après l’invasion de l’Ukraine. Mais dans le cas palestinien, aucune mesure, aucun communiqué fort, aucun boycott : le CIO et la FIFA se murent dans un mutisme gênant, préférant l’argument hypocrite de la « neutralité politique ».
Comment expliquer qu’un pays puisse être banni pour avoir envahi un voisin européen, tandis qu’Israël continue de participer sans entrave aux compétitions, alors même que ses frappes anéantissent stades, clubs et sportifs entiers ? Le sport mondial applique une géométrie variable qui frise la complicité.
Le prix humain étouffé
Depuis le 7 octobre, plus de 61 000 Palestiniens sont morts à Gaza, en majorité des civils, selon des chiffres validés par l’ONU. Parmi eux, des centaines d’athlètes qui ne portaient pas d’armes, mais des maillots. Le football palestinien, déjà fragile, est désormais exsangue. Derrière chaque mort, il y avait un capitaine d’équipe, un entraîneur bénévole, un adolescent rêvant de devenir joueur professionnel.
Une guerre qui détruit aussi les symboles
En réduisant à néant les terrains, les clubs, les associations, Israël ne détruit pas seulement des vies, mais une mémoire collective. Le sport palestinien servait de vitrine de résilience et d’identité. Sa disparition programmée est une guerre culturelle et sociale, autant qu’une guerre militaire.
Le silence comme caution
En refusant de condamner, de suspendre ou même de questionner la participation d’Israël aux grandes compétitions, le CIO et la FIFA envoient un message glaçant : certaines vies valent moins que d’autres, certaines équipes méritent moins de protection. Ce silence n’est pas neutre, il est politique. Il valide implicitement qu’un peuple puisse être privé de sa jeunesse sportive, de ses héros, de son droit au jeu et à la compétition.
J.F.PAGNI