« Le football n’appartient à aucun individu ». Le message est sans ambiguïté. Dans une lettre commune, les trois confédérations dénoncent une gouvernance marquée, selon elles, par « le silence là où il devrait y avoir des responsabilités » et « la distance là où il devrait y avoir de la transparence ». L’initiative intervient quelques jours après la réunion de crise organisée à Rabat par la Fifa. L’instance mondiale avait alors présenté ses excuses pour la polémique entourant son projet de société commerciale, tout en renouvelant son « plein soutien » à Gianni Infantino.
Une réponse qui n’a manifestement pas convaincu les trois confédérations. Pour elles, la crise ne relève pas d’un simple problème de communication. Le courrier adressé aux 211 fédérations membres de la Fifa « présente cela comme un défaut de communication, alors que ce dont le football a été témoin est un défaut de jugement », estiment-elles.
Au-delà du projet d’investissement, c’est donc la question de la confiance dans les institutions qui est désormais posée. L’Uefa, la Concacaf et l’Afc assurent qu’elles ne cherchent pas à remettre en cause les décisions collectives déjà prises, notamment l’élargissement des compétitions ou les dotations liées à la Coupe du monde. « Il ne s’agit pas d’argent », affirment-elles, en appelant à une utilisation responsable des importantes réserves financières de la Fifa au bénéfice des fédérations membres.
Le président de la Liga, Javier Tebas, va encore plus loin. Dans un entretien au Monde, il estime que « l’ère Infantino est terminée » et réclame une transformation profonde de la gouvernance de la Fifa. Selon lui, certains responsables pourraient avoir été informés du projet de société commerciale avant qu’il ne soit rendu public.
Cette crise pourrait ainsi dépasser la seule personne de Gianni Infantino. Pour ses détracteurs, elle révèle les failles d’un système de gouvernance qui devra, tôt ou tard, répondre à des questions sur la transparence, les conflits d’intérêts et la concentration du pouvoir.
Infantino rattrapé par une ancienne affaire de conflit d’intérêts
L’Uefa pourrait également examiner les années passées par Gianni Infantino au sein de l’institution européenne. Selon le Telegraph, l’instance envisagerait de se pencher sur la période allant de son arrivée en 2000 à son départ en 2016. Le quotidien britannique évoque notamment une liaison présumée entre Infantino et une ancienne employée de l’Uefa, qui aurait bénéficié de plusieurs promotions et d’augmentations salariales pouvant atteindre 30 % par an.
L’intéressée aurait finalement quitté l’institution après avoir reçu 450 000 euros, soit environ 295 millions de Fcfa. Elle aurait ensuite intégré une école de commerce, dont les frais de scolarité, estimés à 45 000 euros par an, soit environ 29,5 millions de Fcfa, auraient été pris en charge par l’Uefa.
L’Uefa a confirmé le versement de 450 000 euros, tout en affirmant qu’il était « conforme à la réglementation en vigueur à l’époque ». L’institution assure également avoir depuis renforcé ses règles de conduite.La Fifa, de son côté, rejette catégoriquement les accusations visant son président et les qualifie de « totalement fausses ».
Plusieurs responsables européens souhaiteraient néanmoins qu’une enquête approfondie détermine les circonstances de ces versements et établisse si cette relation présumée a pu avoir une influence sur les décisions prises par Infantino lorsqu’il occupait des fonctions dirigeantes à l’Uefa. Une nouvelle équation à laquelle le président de la Fifa devra désormais répondre, alors que la contestation politique autour de sa gouvernance ne cesse de s’élargir.
A.KONE