La pression américaine sur l’Iran se heurte à un acteur de poids : la Chine. Premier client du pétrole iranien, Pékin dispose de plusieurs leviers pour amortir, voire contourner, les effets de la campagne de sanctions engagée par l’administration Trump. Mardi 25 août, les autorités chinoises ont durci le ton. Pékin a averti Washington qu’il pourrait prendre des mesures de rétorsion si les nouvelles sanctions secondaires américaines visant l’Iran venaient à affecter de manière significative des entreprises chinoises, rapporte le Financial Times.
La veille, dans le cadre de son offensive économique contre Téhéran, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, avait annoncé des sanctions contre des navires, des individus et des entreprises impliqués dans des échanges commerciaux avec l’Iran. Certaines des entités visées sont basées à Hong Kong ou en Chine continentale. Mais Washington a épargné les grandes institutions financières chinoises, pourtant impliquées dans le financement du commerce pétrolier iranien, relève The Guardian. Cette retenue n’est probablement pas anodine. Pour le Wall Street Journal, elle témoigne de la prudence de Washington face au risque d’une riposte chinoise, qui pourrait passer par les marchés financiers ou par des restrictions sur les exportations de minerais critiques.
Un équilibre difficile pour Washington
La situation illustre surtout les limites de la stratégie américaine. La Chine absorberait entre 80 et 90 % du pétrole exporté par l’Iran, selon le Financial Times. Une pression trop forte sur les entreprises chinoises pourrait donc compromettre l’objectif américain : réduire drastiquement les revenus pétroliers de Téhéran sans provoquer une confrontation économique directe avec Pékin. Le Wall Street Journal estime ainsi que les dernières mesures américaines « illustrent la difficulté pour Washington d’étrangler économiquement Téhéran ».
Le calendrier diplomatique ajoute une dimension supplémentaire au bras de fer. Selon le Financial Times, un durcissement significatif des sanctions contre la Chine pourrait détériorer la relation sino-américaine à quelques semaines d’une rencontre annoncée entre Donald Trump et Xi Jinping, présentée comme cruciale dans un contexte économique mondial déjà fragile.
Pékin, de son côté, conteste ouvertement la légitimité de la politique américaine. « La Chine a clairement indiqué à plusieurs reprises qu’elle s’opposait fermement aux sanctions unilatérales illégales qui n’ont aucun fondement en droit international et ne sont pas autorisées par le Conseil de sécurité de l’ONU », a déclaré mardi le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian. « Les guerres économiques […] ne sont pas la solution », a également fait savoir Pékin.
Le pétrole iranien continue par ailleurs de trouver des débouchés en Chine grâce à un réseau d’acteurs privés. Si les grandes entreprises publiques chinoises de raffinage se conforment dans l’ensemble aux sanctions visant le brut iranien, de petites raffineries indépendantes, surnommées « raffineries théières » en raison de leur taille, continuent d’importer et de traiter du pétrole iranien, explique le Financial Times.
Certaines de ces raffineries avaient déjà été sanctionnées par les États-Unis en début d’année. Pékin avait alors demandé à ses entreprises de ne pas se conformer à ces mesures, illustrant la volonté chinoise de ne pas reconnaître la portée extraterritoriale des sanctions américaines. La Chine s’est parallèlement dotée d’un dispositif antisanctions de plus en plus robuste, souligne le quotidien britannique.
Reste à savoir jusqu’où Washington est prêt à aller. Interrogé lundi sur les entreprises chinoises susceptibles d’être touchées par les nouvelles mesures, Scott Bessent a assuré que « personne n’est au-dessus » des sanctions américaines. Mais entre cette fermeté affichée et sa mise en œuvre concrète, l’écart demeure important. Pour plusieurs experts cités par la presse américaine et britannique, les mesures annoncées restent pour l’instant nettement en deçà de la rhétorique offensive de l’administration Trump.
Le véritable test pourrait donc venir d’une éventuelle extension des sanctions aux grandes banques ou aux principaux acteurs chinois du raffinage. Une telle décision permettrait à Washington d’accroître considérablement la pression sur Téhéran, mais au prix d’un risque tout aussi considérable : transformer la guerre économique contre l’Iran en nouvel affrontement avec la Chine.
J.F.PAGNI