L’opération du 3 janvier, justifiée par un prétexte jugé fallacieux, s’apparente moins à une opération de sécurité qu’à un retour assumé de l’impérialisme en Amérique latine.
Depuis plusieurs mois, Washington accentuait déjà la pression militaire sur Caracas. Un porte-avions, plusieurs navires de guerre et près de 15 000 soldats américains ont été déployés dans les Caraïbes, officiellement pour lutter contre le narcotrafic. Ces opérations avaient conduit à l’interception de petites embarcations, présentées par l’administration Trump comme liées au trafic de drogue, sans que les preuves avancées ne convainquent la communauté internationale.
Mais l’opération du week-end dernier marque une rupture. En décidant de capturer un chef d’État en exercice sur le territoire d’un pays souverain, sans mandat international ni autorisation du Congrès, Donald Trump viole frontalement les principes fondamentaux du droit international, notamment la souveraineté des États et l’interdiction du recours unilatéral à la force. Aux États-Unis même, plusieurs juristes soulignent que cette action contourne les mécanismes constitutionnels censés encadrer toute intervention armée à l’étranger.
Le profil de Nicolás Maduro n’est pas en cause dans ce débat juridique. Le président vénézuélien dirige un régime autoritaire, accusé de violations massives des droits humains et de répression politique. Mais, comme le rappelle The New York Times, la nature d’un régime, aussi contestable soit-elle, ne confère pas à une puissance étrangère le droit d’agir en dehors des règles internationales. Faire fi du droit au nom d’une prétendue morale politique ouvre la voie à l’arbitraire et à la loi du plus fort.
L’histoire récente offre pourtant des leçons claires. En Afghanistan, vingt années d’intervention américaine n’ont pas permis d’installer un État stable. En Libye, la chute de Mouammar Kadhafi a laissé place au chaos et à la fragmentation du pays. En Irak, la guerre de 2003, lancée sur la base d’arguments fallacieux, continue de produire ses effets déstabilisateurs dans toute la région. Autant d’exemples qui montrent que le renversement forcé de régimes honnis aggrave souvent les crises qu’il prétend résoudre.
Au-delà du cas vénézuélien, l’affaire pose une question majeure pour l’avenir des relations internationales. En agissant unilatéralement, sans cadre légal, les États-Unis affaiblissent les normes qu’ils ont eux-mêmes contribué à bâtir depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce précédent pourrait être invoqué demain par d’autres puissances pour justifier des actions similaires, accélérant l’érosion d’un ordre international déjà fragilisé.
En Amérique latine, cette opération ravive de vieux traumatismes. Coups d’État soutenus de l’extérieur, interventions militaires et ingérences politiques ont longtemps nourri une profonde méfiance envers Washington. En prétendant « prendre en main » le Venezuela, Donald Trump risque de renforcer l’hostilité régionale et de consolider les discours anti-américains, y compris au sein de gouvernements pourtant critiques envers Caracas.
En définitive, cette attaque illégale ne menace pas seulement la stabilité du Venezuela. Elle fragilise le droit international, banalise l’usage de la force et installe un dangereux précédent. À court terme, elle peut flatter une posture de fermeté. À long terme, elle risque surtout d’affaiblir durablement les règles qui permettent encore, tant bien que mal, de contenir les conflits dans un monde déjà sous tension.
J.F.PAGNI