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Le visage fermé, devant le célèbre 10, Downing Street, au cœur de Londres, Keir Starmer a annoncé ce 22 juin une démission attendue depuis plusieurs semaines, après les résultats catastrophiques du Labour aux élections locales du mois de mai, relaie The Guardian.
Avec la raideur qui le caractérise, le Premier ministre a tenté de défendre son bilan avant de reconnaître que son parti ne croyait plus en sa capacité à remporter les prochaines élections. “J’ai hérité d’un parti dans un état de faillite économique, morale et politique. On nous a répété qu’une victoire aux législatives, sans parler d’un raz de marée, n’était pas possible. Nous leur avons prouvé le contraire”, s’est d’abord défendu Keir Starmer.
Alors qu’il énumérait les réussites de son mandat avorté, des manifestants proeuropéens diffusaient à plein volume l’Ode à la joie, hymne officiel de l’Union européenne tiré de la 9e Symphonie de Beethoven. À la veille du dixième anniversaire du référendum sur l’appartenance à l’UE, le 23 juin 2016, les cuivres solennels et les voix des sopranos accompagnaient en bande-son le discours du chef du gouvernement sortant. La voix tremblante, Starmer a assuré vouloir désormais se consacrer à être le “meilleur mari” et le “meilleur papa” pour sa femme et ses enfants. « Toutes les décisions que j’ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j’aime. C’est pourquoi je vais démissionner de mon poste de chef du Parti travailliste », a-t-il déclaré, la voix étranglée par les larmes.
L’impopulaire chef du gouvernement résistait depuis des mois à des appels à démissionner. Mais sa position est devenue intenable après l’élection jeudi au Parlement de son rival au sein du Labour, Andy Burnham, désormais en position de briguer la direction du Parti travailliste et de Downing Street.
« J’ai parlé à Sa Majesté le roi ce matin pour l’informer de ma décision. Je demanderai au comité exécutif national du Parti travailliste d’établir un calendrier prévoyant l’ouverture des candidatures le 9 juillet, et leur clôture avant la fin de la pause estivale », le 1er septembre, a précisé le dirigeant de 63 ans devant les caméras. « En cas d’élection interne, cela garantira qu’un nouveau chef soit en place avant la reprise des travaux du Parlement, en septembre (…) Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour assurer une passation de pouvoir dans les règles. »
Andy Burnham a confirmé, dans la foulée, qu’il se présenterait à la succession. Cette démission « marque le début d’une transition », a-t-il déclaré sur X. « Je me porte candidat. » L’autre candidat déclaré, Wes Streeting, lui a apporté son soutien : « Nous pouvons retrousser nos manches et l’aider à mettre en œuvre le changement dont notre parti et notre pays ont besoin. C’est le choix que je fais, et j’espère que tout le monde soutiendra aussi Andy », a-t-il écrit dans une lettre publiée sur X.
Nigel Farage, chef du parti anti-immigration Reform UK, en tête des sondages nationaux depuis des mois, a, lui, appelé à de nouvelles élections législatives. Le Labour garde une large majorité au Parlement, et des législatives ne sont pas prévues avant 2029.
Septième premier ministre en dix ans
Pour Keir Starmer, cet aveu d’échec survient moins de deux ans après la large victoire de son parti lors des élections législatives de juillet 2024, mettant fin à quatorze années de gouvernements conservateurs. Il a vanté lundi son bilan sur l’économie, l’accès à la santé ou le soutien à l’Ukraine. Mais il a ajouté avoir entendu le message de son parti. « La question que mon parti se pose aujourd’hui est de savoir si je suis le mieux placé pour nous mener aux prochaines élections législatives. J’ai pris connaissance de la réponse de mon groupe parlementaire à cette question et j’accepte cette réponse », a-t-il déclaré.
Andy Burnham, populaire maire du Grand Manchester et grand favori pour lui succéder, doit être officiellement investi député lundi vers 14 h 30 locales. Une étape indispensable pour prétendre à la direction du Parti travailliste et prendre la tête du gouvernement.
Avec Le Monde et Courrier international