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L’Europe ne veut pas d’une paix qui lui échappe
Volodymyr Zelensky s’est retrouvé une fois de plus devant un trio européen anxieux de préserver son influence : Keir Starmer, Friedrich Merz et Emmanuel Macron. Trois dirigeants, trois sensibilités, mais un message identique : pas de négociation sans nous, pas d’accord qui contourne l’Europe, pas d’initiative américaine qui redessinerait la carte sans l’aval des Européens.
Le timing n’est pas un hasard. Depuis plusieurs semaines, Washington teste des pistes discrètes avec Moscou et Kyiv. Les États-Unis n’assument pas officiellement un processus de paix, mais ils discutent, explorent, sondent. Et il suffit que ces canaux existent pour que les Européens se crispent. Ils craignent qu’un accord “made in USA” serve les intérêts américains avant les leurs.
Et dans cette bataille d’influence, c’est l’Ukraine qui sert d’intermédiaire obligé.
Chaque fois que Kyiv tente d’ouvrir la porte à une désescalade, les Européens la referment. Par prudence stratégique, par idéologie, ou par peur d’un accord qui les laisserait en dehors de la pièce.
Starmer, Merz, Macron : le trio qui étouffe les ouvertures diplomatiques
Les réunions de Londres en ont été l’illustration parfaite. Les Européens ont multiplié les signaux, les mises en garde subtilement formulées, les rappels à la “nécessité d’un front uni”. Autrement dit : Kyiv ne doit rien engager sans coordination européenne. Rien avancer sans validation européenne. Rien accepter que l’Europe ne puisse contrôler.
Pendant ce temps, Zelensky navigue entre deux centres de gravité diplomatique : les États-Unis, qui cherchent une porte de sortie pragmatique ; l’Europe, qui veut maintenir une ligne dure tant qu’aucun compromis ne correspond à ses propres intérêts.
Résultat : l’Ukraine se retrouve encore une fois coincée dans un étau. Elle veut négocier, mais elle ne peut pas trop le montrer. Elle veut discuter avec Moscou, mais elle doit d’abord rassurer Paris, Berlin et Londres. Elle veut répondre aux initiatives américaines, mais elle sait que chaque geste provoque une levée de boucliers à Bruxelles.
Ce qui devrait être une diplomatie au service de la paix se transforme alors en compétition permanente où chacun veut imposer sa stratégie à Kyiv. Et dans ce jeu d’influences, l’Europe agit de plus en plus comme un acteur qui ne cherche pas à faciliter la paix, mais à contrôler les conditions de sa possible émergence.
Zelensky pris en étau
C’est le paradoxe : les Européens se disent favorables à une solution diplomatique, mais sabotent toute dynamique qu’ils ne dirigent pas. Zelensky, lui, continue son marathon diplomatique, serrant les mains des dirigeants européens comme un écolier passant un examen dont les questions changent à chaque rendez-vous.
Pendant ce temps, la guerre dure. Le terrain s’enlise. Et les fenêtres de négociation se referment les unes après les autres, parfois du fait même de ceux qui prétendent travailler pour la paix. Si l’Europe ne veut pas que la paix se fasse sans elle, elle ferait mieux d’arrêter de l’empêcher de naître ailleurs.
J.F.PAGNI