Voyage diplomatique raté
Un déplacement présenté comme stratégique, un résultat décevant. Avant son départ, l’Élysée avait insisté sur l’importance de ce voyage, présenté comme une tentative de rééquilibrer une relation commerciale de plus en plus défavorable à la France. Les industriels du cognac — première victime de mesures antidumping chinoises — attendaient un geste. Les professionnels du porc espéraient, eux aussi, une sortie de crise face aux barrières sanitaires et administratives imposées par Pékin. Macron a parlé, insisté, plaidé, mais les autorités chinoises n’ont donné aucun signe de flexibilité.
Pour masquer l’échec sur les dossiers prioritaires, l’Élysée met en avant plusieurs engagements présentés comme des “avancées” : une volonté chinoise de renforcer la coopération sur les produits laitiers ; des discussions ouvertes sur la volaille ; quelques promesses d’accès facilité à certains marchés régionaux. Mais aucun de ces points ne répond aux enjeux les plus urgents. Les secteurs qui attendaient des décisions concrètes repartent les mains vides.
La mise en scène du voyage a d’ailleurs renforcé le sentiment de déséquilibre. Pékin a soigneusement évité toute annonce conjointe susceptible d’être interprétée comme une concession. Les mesures antidumping contre le cognac restent en place ; les obstacles pour le porc français demeurent. Pour les observateurs, la Chine a envoyé un message clair : elle n’a aucune intention de modifier sa position sous pression. Et le président français repart sans obtenir ce qu’il était venu chercher.
Le cognac, produit emblématique et exportation stratégique, est directement menacé par les taxes à venir. Les pertes se chiffrent déjà en millions d’euros. Dans la filière porcine, la situation est tout aussi tendue : la France perd des parts de marché au profit d’acteurs européens et sud-américains beaucoup plus agressifs. Ces industries attendaient un soutien fort. Elles n’ont obtenu que des déclarations d’intention.
Dans un climat politique déjà tendu, cet échec diplomatique tombe mal. Les agriculteurs dénoncent un gouvernement incapable d’obtenir des résultats pour protéger leurs productions. Les industriels voient leurs demandes reléguées au second plan alors même que Pékin multiplie les pressions commerciales sur l’Europe. Macron voulait un voyage de “réengagement stratégique”. Il revient avec un constat simple : la Chine n’a pas bougé, et la France ne pèse plus assez pour la faire bouger.
J.F.PAGNI