« La colère gronde. » Quelques heures avant leur rencontre avec le ministre de l’Intérieur, l’intersyndicale des sapeurs-pompiers avait donné le ton. Les représentants des neuf syndicats des services d’incendie et de secours (Sdis) étaient reçus jeudi 13 août place Beauvau avec trois revendications principales : davantage de moyens pour faire face à l’explosion du nombre d’interventions, un recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels et l’adoption rapide d’un projet de loi de modernisation de la Sécurité civile.
Après deux heures d’entretien, la déception dominait. Les syndicats, qui disent représenter des personnels « à bout », ont regretté l’absence de réponses concrètes du gouvernement. « Le ministre n’est pas au rendez-vous. Nous n’avons pas eu de réponse concrète. Nous n’avons aucune affirmation ni sur le financement, ni sur la stratégie de financement, ni sur le contenu du projet de loi », a déploré Xavier Boy, porte-parole de l’intersyndicale, à la sortie de la réunion.
Une mobilisation annoncée fin septembre
Face à ce qu’ils considèrent comme une absence d’engagements précis, les syndicats ont annoncé une « mobilisation intensive » à la fin du mois de septembre. Ils prévoient notamment de participer à la journée d’action de la fonction publique du 29 septembre, mais aussi d’organiser leur propre rassemblement à Paris. « Nous prévoyons une manifestation statique les 26, 27 et 28 septembre, place de la République à Paris. Ça va s’appeler les “colonnes de la révolte” », a indiqué à l’AFP David Saquet, de l’Unsa Sapeurs-pompiers.
De son côté, Laurent Nuñez a assuré, sur son compte X, n’ignorer « aucune des difficultés » exposées par les représentants des pompiers. Le ministre a également promis que les discussions sur le financement des Sdis « aboutiront rapidement et concrètement », notamment dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, avec une augmentation de leurs ressources.
Avant d’entrer au ministère, les représentants syndicaux avaient déjà prévenu qu’ils attendaient désormais des actes. « C’est l’acte 1. On parle convenablement, on s’adresse au ministre raisonnablement, mais il faudra quand même qu’on soit entendus et que les actes suivent. Sinon, on sera obligés de passer à un acte 2 », avait déclaré Alain Laratta, secrétaire général d’Avenir Secours. Le message est partagé par l’ensemble de l’intersyndicale. « On ne veut pas être qualifiés de héros, on veut qu’on nous donne des moyens », a insisté Ludovic Goblet, vice-président de la Spasdis-CFTC, auprès de l’AFP.
Les syndicats réclament notamment que l’État augmente sa participation au financement des services départementaux d’incendie et de secours, aujourd’hui principalement assumé par les collectivités locales. Ils demandent également un « recrutement massif » de sapeurs-pompiers professionnels. La création de 21 000 postes a été évoquée lors des discussions avec le ministre. Sur quelque 256 400 sapeurs-pompiers recensés en France par le ministère de l’Intérieur, environ 44 000 sont des professionnels, soit 17 % des effectifs. Les volontaires représentent, eux, près de 78 % des forces.
Pour les syndicats, les incendies qui ont frappé le pays cet été illustrent les limites d’un modèle confronté à des crises de plus en plus importantes. « Les feux de forêt cet été, qui ont été d’une ampleur exceptionnelle mais qui vont devenir la norme, ont démontré qu’on va droit dans le mur », estime Ludovic Goblet. Selon les estimations provisoires des autorités, quelque 120 000 hectares ont été parcourus par les flammes en France depuis le début de l’été.
Le projet de loi toujours attendu
Au-delà des effectifs et du financement, l’intersyndicale réclame l’aboutissement du projet de loi issu du « Beauvau de la Sécurité civile ». Lancée à la mi-2024, cette concertation de douze mois devait déboucher sur une réforme en profondeur de la Sécurité civile, avec notamment de nouvelles mesures de financement et de modernisation des services de secours. Mais le texte tarde à se concrétiser, alimentant l’impatience des organisations syndicales. « Ce projet de loi, pour le moment, c’est une pile de papier à Matignon », avait fustigé Alain Laratta avant la rencontre avec le ministre.
À l’issue de l’entretien, Laurent Nuñez a assuré que le projet de loi serait présenté aux représentants des pompiers « début septembre ». Une échéance que les syndicats attendent désormais de pied ferme.
Pour l’intersyndicale, la rentrée s’annonce donc sous haute tension. Après avoir alerté le gouvernement sur l’urgence de renforcer les moyens des secours, les pompiers ont désormais fixé leur propre calendrier. Fin septembre, ils entendent passer des revendications aux actes.
JF.PAGNI