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La sortie du Roi a donné lieu à une procession royale, spectaculaire et haute en couleurs partie du palais royal jusqu’à la place Abissa. Installé dans son palanquin, Sa Majesté Amon Tanoh Désiré a traversé les rues du quartier France, porté par de jeunes hommes vigoureux. Autour de lui, les sept grandes familles N’zima ( N’djouafou, Mafoulé, Ezohilé, Adahonlin, Azanhoulé, N’vavilé et Allonhoba) accompagnaient la marche, chacune arborant ses symboles et ses couleurs. Les N’vavilé, gardiens de l’Abissa, ont ouvert la voie, suivis des Mafolè. Derrière eux, les festivaliers, corps enduits de kaolin blanc ou vêtus de déguisements satiriques (hommes grimés en femmes, et inversement), entonnaient des chants rythmés jusqu’à l’entrée du Roi sur la place centrale, dans une ferveur populaire totale.
L’entrée du Roi a lancé une série de rituels et de prestations symboliques marquées par la présentation du tambour central de l’Abissa, les danses de conjuration des calamités, les prestations du groupe Kominlin, d’Atchuin Kouassi et de Kon Eyèlé. Et enfin la danse de l’Abissa, moment de communion entre le Roi, ses notables et le peuple. La fête, ponctuée de chants, de poésie et de danses, a transformé Grand-Bassam en un théâtre vivant où se mêlent ferveur, tradition et critique sociale.
Véritable pilier de la tradition N’zima, la critique sociale occupe une place centrale dans les célébrations. Elle permet à la communauté de faire son introspection, d’évaluer ses dirigeants (y compris le Roi ) et de rappeler à chacun ses responsabilités. Les chansonniers, armés de leur verve et de leur courage, livrent sans détour des messages forts, parfois piquants, mais toujours porteurs de vérité. Mardi, Sa Majesté Amon Tanoh Désiré en a fait l’expérience. « Nous lui avons dit la vérité, a confié l’un des chansonniers. Il ne faut pas mélanger la politique et la tradition. La politique ne supprime pas la tradition. Quand les deux se confondent, ce n’est plus la tradition », a confié l’un des chansonniers.
Cette liberté de parole, protégée par les coutumes, est perçue comme un exercice démocratique ancestral. Les chansonniers ne peuvent être sanctionnés pour leurs critiques. Leur satire est un moyen de résolution des tensions et de renforcement des liens communautaires.
En phase avec le thème de l’édition 2025 : « L’Abissa, une danse de paix, de conjuration des calamités et de renforcement de la cohésion sociale », les artistes Ablamon et Ananzè ont, au cours de leurs prestations, imploré la divinité de l’Abissa pour la paix et l’unité en Côte d’Ivoire. Dans une ambiance vibrante, entre spiritualité et satire, l’Abissa 2025, une fois de plus, rappelle ce qui fait la force du peuple N’zima : sa capacité à célébrer, réfléchir et s’unir autour de ses valeurs.
Eric KOUAKOU