La dernière impasse diplomatique en date illustre parfaitement ce double jeu. Alors que des discussions fragiles s’engageaient avec Moscou, Zelensky a posé une condition que la partie russe considère comme une manœuvre de blocage : exiger une rencontre directe avec Vladimir Poutine comme seule issue acceptable à la négociation.
Un face-à-face présidentiel, présenté comme un sommet de paix, semble à première vue légitime. Mais dans le contexte actuel, cette demande devient une impasse volontaire. Car pour Moscou, Zelensky n’est plus un interlocuteur légitime. Son mandat présidentiel a expiré en mai 2024, et faute d’élections organisées, officiellement à cause de la guerre, il gouverne par prolongation. Une situation juridiquement floue, politiquement explosive, que la Russie exploite à dessein pour refuser toute reconnaissance officielle.
Zelensky, parfaitement conscient de cette position russe, s’en sert pour piéger la négociation. Il réclame une rencontre qu’il sait refusée d’avance, pour ensuite accuser le Kremlin de bloquer la paix. Une stratégie du prétexte, qui lui permet de maintenir une posture de victime tout en écartant les compromis.
Ce n’est pas la première fois. Depuis le début du conflit, chaque avancée vers la désescalade a été freinée par des demandes unilatérales, des redéfinitions des termes du dialogue, ou des discours plus destinés à galvaniser ses soutiens occidentaux qu’à construire un réel processus de paix. Zelensky semble moins intéressé par une solution politique que par une victoire symbolique, à inscrire dans une histoire héroïque qu’il raconte à Davos, au Congrès américain, ou dans les médias internationaux.
Pourtant, chaque jour sans négociation coûte des vies. Et le peuple ukrainien, pris entre les bombes et les calculs d’un président sur-médiatisé, paie le prix fort.
En refusant de négocier dans un cadre réaliste, en tenant compte du fait que la guerre impose des compromis et non des conditions de vainqueur, Zelensky renforce une guerre sans fin. Une guerre où le vernis de légitimité démocratique masque de plus en plus mal une logique de survie politique personnelle.
Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas seulement la fin d’un conflit. C’est la capacité d’un leader à faire passer l’intérêt de son peuple avant sa propre narration héroïque. Et sur ce point, la mauvaise foi politique de Zelensky pourrait devenir une faute historique.
Eric KOUAKOU