Au terme d’un tournoi dense et spectaculaire, le Sénégal s’est imposé en finale face au pays hôte (1-0 après prolongation), au terme d’un match aussi inédit que chaotique. Une conclusion polémique qui ne doit toutefois pas masquer l’essentiel : sur le plan organisationnel, économique et sportif, la Can 2025 restera comme l’une des plus marquantes de l’histoire.
Le Maroc n’avait pas droit à l’erreur. Et le pays a répondu présent. De Rabat à Casablanca, de Tanger à Marrakech, en passant par Agadir et Fès, les six villes hôtes ont offert un cadre moderne, fluide et sécurisé à la compétition. Neuf stades ont été mis à disposition, dont quatre à Rabat, permettant de limiter les déplacements des équipes, notamment lors de la phase de groupes. Les infrastructures sportives, hôtelières et routières ont été unanimement saluées par les délégations.
La qualité des pelouses a constitué l’un des points forts de cette édition. Malgré de fortes pluies en début de tournoi, les terrains sont restés impeccables grâce à des systèmes de drainage performants et à un entretien quotidien. Un contraste frappant avec certaines Can passées, souvent critiquées pour l’état des surfaces de jeu. Sur le plan sécuritaire, le dispositif déployé a globalement été efficace. À l’exception de tensions ponctuelles, notamment lors du quart de finale Algérie–Nigeria et de la finale, aucun incident majeur n’a été signalé en dehors des stades. Les forces de sécurité, très visibles autour des enceintes et dans les centres-villes, ont été saluées par de nombreux supporters et fédérations.
Des acteurs conquis
Des joueurs, entraîneurs et dirigeants ont publiquement exprimé leur satisfaction. Mohamed Salah, après la qualification de l’Égypte face à la Côte d’Ivoire, a parlé d’« une organisation d’un niveau jamais vu en Afrique ». Le sélectionneur nigérian Eric Chelle a évoqué une « organisation exceptionnelle », tandis que Pape Thiaw, malgré les incidents vécus par son équipe avant la finale, a reconnu que « le Maroc a relevé le niveau de la Can ».Le président de la Fédération camerounaise, Samuel Eto’o, a également salué « la qualité exemplaire de l’organisation et l’accueil chaleureux du peuple marocain ». De son côté, le président de la Caf, Patrice Motsepe, est allé encore plus loin, qualifiant cette édition de « plus réussie de toute l’histoire de la compétition ».
La Can 2025 a battu tous les records d’affluence. Avant même les demi-finales, plus de 1,117 million de spectateurs avaient déjà garni les tribunes, un chiffre inédit en 35 éditions. En intégrant les derniers matchs, l’affluence totale devrait dépasser 1,25 million.
Les grands stades, souvent au-delà de 45 000 places, ont joué un rôle clé, tout comme les fan zones gratuites installées dans plusieurs villes. Si leur succès a été freiné en début de compétition par une météo capricieuse, elles ont ensuite pleinement participé à l’ambiance populaire. Sur le plan financier, la Caf parle d’un succès historique. Les revenus liés à la Can 2025 ont augmenté de plus de 90 %, avec environ 55 millions de dollars (plus de 31 milliards de Fcfa) générés par la seule billetterie. Une performance jamais atteinte auparavant pour le football africain. Revers de la médaille : la spéculation. Sur le marché noir, notamment pour la finale, des billets se sont échangés à des prix indécents, parfois dix fois supérieurs aux tarifs officiels. Un point noir que la Caf devra corriger à l’avenir.
Affiches de prestige
Sportivement, la Can 2025 a tenu ses promesses. Contrairement à certaines éditions marquées par des éliminations précoces de favoris, les grandes nations ont répondu présent. Sénégal, Maroc, Nigeria, Égypte, Algérie ou Côte d’Ivoire ont animé un tournoi dense, relevé et indécis jusqu’au bout. Les demi-finales, avant même la finale, offraient déjà un casting digne d’une grande compétition mondiale. Sur le plan statistique, les chiffres confirment cette impression : avec 120 buts inscrits avant la finale, cette édition est la plus prolifique de l’histoire de la Can, avec une moyenne record de 2,3 buts par match. Individuellement, plusieurs stars ont marqué le tournoi. Sadio Mané a porté le Sénégal avec constance, tandis que Mohamed Salah, Victor Osimhen, Brahim Díaz ou Ayoub El Kaabi ont brillé par leur talent et leur régularité. Certaines actions spectaculaires ont largement contribué au succès médiatique de la compétition.
Dans les tribunes, la Can a une nouvelle fois démontré son caractère à part. Chants, danses, tenues traditionnelles et scènes de fraternité ont rythmé les rencontres. Le parcours du Maroc a galvanisé tout un pays, avec des scènes de liesse dans les rues à chaque victoire des Lions de l’Atlas. Certaines images ont marqué les esprits, comme ce supporter congolais surnommé « Lumumba », immobile en tribunes en hommage à Patrice Lumumba, devenu un symbole repris bien au-delà des frontières du continent.
La finale entre le Sénégal et le Maroc restera gravée dans les mémoires, autant pour son intensité que pour ses débordements. But refusé, penalty contesté, interruption prolongée, sortie temporaire des joueurs sénégalais, tensions en tribunes : le scénario a frôlé le chaos. Finalement, le Sénégal a trouvé la faille en prolongation et décroché sa deuxième Can. Une victoire historique, mais éclipsée en partie par les polémiques arbitrales et disciplinaires, qui continuent d’alimenter les débats.
Malgré cette fin sous haute tension et ses zones d’ombre, la Can 2025 restera une réussite majeure pour le Maroc et pour le football africain. Organisation, infrastructures, affluence, recettes, visibilité internationale, tous les indicateurs sont au vert pour le Maroc qui à cinq ans de la Coupe du monde 2030, envoie un message fort indiquant que le pays est prêt à accueillir les plus grands événements du football mondial.
Eric KOUAKOU