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La note est salée
La chute du gouvernement Bayrou est le signe d’une dette incontrôlable, affirme Handelsblatt en Allemagne. Le problème n’est pas que français, juge le quotidien allemand dans un éditorial ce matin, et la crise menace de se généraliser. “Quiconque possède quelques connaissances en économie peut reconnaître que la France n’est plus en mesure de supporter sa dette” et que ce “diagnostic s’applique malheureusement à d’autres pays qui font partie de l’élite économique mondiale”. Au Royaume-Uni, le Financial Times estime que la chute du gouvernement Bayrou “déclenche une nouvelle crise qui risque de se propager dans la rue et sur les marchés financiers, avec à l’horizon des manifestations mercredi 10 et une possible dégradation de la note de la dette française” par l’agence Fitch vendredi 12 septembre. Le quotidien économique estime que “la pression s’accroît pour trouver une solution à la dégradation des finances publiques” après les années fastes de dépenses.
“Liberté, égalité, instabilité”
The Guardian ironise dans sa newsletter matinale. La France dit “adieu” (en français dans le texte) à “son quatrième Premier ministre en un peu plus de trois ans”. La dernière victime en date, “un centriste rural, a échoué là où il était censé exceller : trouver des accords au Parlement”. L’offre d’emploi à Matignon revêt désormais des allures de “cadeau empoisonné”, avertit le journal de gauche, “car son successeur risque fort de connaître le même sort”, sur fond de vifs désaccords politiques au sujet du déficit et de la dette.
Cohabitation, la “dernière chance”
“Même ses plus proches collaborateurs doivent désormais l’admettre : le chef de l’État a fait une erreur stratégique en juin 2024, lorsqu’il a convoqué de nouvelles élections législatives après la défaite des Européennes”, commente la Tageszeitung. Pour le quotidien de gauche, sa seule option sérieuse serait désormais de nommer un Premier ministre issu des rangs des socialistes. Le président ne soutient pas leur proposition d’imposer les hauts revenus. Mais une telle “cohabitation” représente “sa dernière chance”, s’il ne veut pas convoquer de nouvelles élections législatives et ouvrir la voie à l’extrême droite.
“À force de tout donner à Kiev…”
“L’Assemblée nationale a signé l’arrêt de mort de la ‘coalition des volontaires′”, claironne le tabloïd russe Komsomolskaïa Pravda, qui voit dans la chute du gouvernement Bayrou la fin des ambitions d’Emmanuel Macron pour une force de maintien de la paix en Ukraine. Le quotidien raille un président “vaincu par ses propres sanctions” et évoque une “France au bord du gouffre”, “faisant des économies sur tout, même sur les jours fériés, pour tout donner à Kiev”.
Même satisfaction dans un autre tabloïd russe, Moskovski Komsomolets, qui parle d’un “nouveau crash gouvernemental” pour un président “perdant”, “absorbé par ses manœuvres géopolitiques et son soutien à l’Ukraine, délaissant son propre pays”. Sur un ton moins moqueur, Kommersant dépeint un François Bayrou seul à la tribune, tentant un dernier plaidoyer de quarante minutes, en vain. “François Bayrou a été jeté d’un navire en plein naufrage”, résume le quotidien économique.
“Les ministres partent, les problèmes persistent”
“Les Premiers ministres partent, les problèmes persistent”, titre I Kathimerini en Grèce. “Bayrou part lui aussi prématurément, laissant derrière lui tout ce qu’il a entrepris sans solution : la dette, le déficit, le Parlement divisé et un pays en quête de gouvernabilité”, détaille le quotidien de centre droit. “Le problème n’a rien à voir avec les individus, mais avec le contexte politique et les rapports de force entre groupes, tels qu’ils se dessinent aujourd’hui après huit ans de présidence de Macron.” “Le président français a déclaré à plusieurs reprises qu’il ne démissionnerait pas”, embraye Naftemporiki. “Mais si l’impasse politique perdure et que la situation économique se dégrade, Macron pourrait être contraint de changer d’avis. Sous la pression des événements, et peut-être pour le bien de l’Europe.” À la une de son édition du jour, le journal économique titre “Chute du gouvernement Bayrou… Ce qui attend la France au réveil”.
Un “plateau de fromages” pour sauver la France
Face à une crise aux “proportions caricaturales”, les partis hexagonaux n’ont qu’une seule option, conseille De Standaard, en Belgique, celle d’apprendre enfin à faire des compromis, et de trouver la réponse à la célèbre boutade prêtée au général de Gaulle : “Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromage ?” En changeant de culture politique, et en négociant, en vue d’un “accord de coalition”, répond le quotidien flamand. “Le camembert ne ressemble pas au munster, le roquefort n’a rien à voir avec le beaufort. Et pourtant, toutes ces variétés s’accordent très bien sur un plateau de fromages. Cela devrait inviter les Français à envisager que leurs politiciens puissent coopérer, malgré leurs différentes convictions.”
“Qui va ressusciter la France ?”
Si le Premier ministre est contraint à la démission, “la dette, elle, restera. Et avec elle les problèmes structurels du pays”, soupire Blick en Suisse. Au perchoir de l’Assemblée nationale lundi, François Bayrou s’est pourtant évertué à “énumérer les vérités budgétaires (…) que la classe politique ne veut pas accepter”, assure le journal suisse. “Banqueroute et addiction : telle est la falaise que François Bayrou s’est employé à peindre devant les députés”, poursuit le quotidien zurichois, mais cet effort s’est révélé vain. S’il avait raison “sur le plan des chiffres”, l’activation de l’article 49-1 s’est finalement apparentée à “un suicide politique en direct”, tranche le média libéral. Et aujourd’hui, une question se pose : “Qui va ressusciter la France ?”
Sélection J.F.PAGNI