Inscrite dans le cadre du Programme national Passeport-Compétences, cette étude fournit une première cartographie des métiers en tension et des compétences recherchées dans plusieurs pôles économiques du pays.
Ces résultats partiels s’inscrivent dans un contexte marqué par un paradoxe économique. Malgré une croissance moyenne de 5,6 % entre 2019 et 2024, le chômage urbain reste élevé, le sous-emploi touche près d’un actif sur quatre et environ 90 % des travailleurs évoluent dans le secteur informel. Pour les autorités, ces déséquilibres traduisent en grande partie une inadéquation persistante entre les formations disponibles et les besoins réels des entreprises.
Pour établir ce diagnostic, l’Agefop a selon les mots du Prof Koutou Claude conseiller technique, mobilisé une méthodologie mixte combinant enquêtes qualitatives et approche statistique rigoureuse. Au total, 1 013 structures ont été interrogées, dont 453 entreprises formelles et 560 unités du secteur informel, réparties entre Yopougon, le Sud-Comoé et plusieurs régions du Nord du pays, notamment le Poro, le Tchologo et la Bagoué. L’objectif est de disposer d’une base de données exploitable pour orienter les politiques publiques de formation.
Présidant la cérémonie, le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec), le Dr Eugène Aka Aouélé, a salué une démarche qui rompt avec les approches fondées sur l’approximation.
Revenant sur le lancement de la phase pilote du Programme national Passeport-Compétences à Grand-Bassam le 14 mars 2025, il a rappelé la cohérence du choix du Sud-Comoé comme territoire d’expérimentation. « Le Sud-Comoé a été choisi comme le berceau de cette expérimentation pour montrer que l’adéquation entre la formation et l’emploi n’est pas une utopie, mais une construction méthodique fondée sur des données réelles », a-t-il déclaré.
Pour lui, ces résultats partiels constituent déjà un outil stratégique d’aide à la décision, permettant d’anticiper les besoins des entreprises et d’améliorer l’employabilité des jeunes. Il a également salué l’orientation vers la validation des acquis de l’expérience (Vae), appelée à offrir une reconnaissance officielle aux compétences acquises sur le terrain, notamment dans le secteur informel.
Le président du Cesec a également replacé cette initiative dans la vision du président de la République, Alassane Ouattara, qui fait du capital humain un pilier de la transformation économique. Il a invité les collectivités territoriales, les entreprises et les partenaires techniques à accompagner le déploiement progressif du Programme national Passeport-Compétences.
Le ministre de l’Emploi, de la Protection sociale et de la Formation professionnelle, Adama Kamara, a rappelé la philosophie ayant guidé cette démarche. S’appuyant sur les mots de Benjamin Franklin, selon lequel « Investir dans la connaissance rapporte les meilleurs intérêts », il a insisté sur la nécessité d’une action publique fondée sur des données concrètes. « Former sans comprendre, c’est risquer de mobiliser des ressources sans impact réel. À travers l’Agefop, nous avons fait le choix de l’écoute avant celui de l’action », a-t-il affirmé.
Des besoins différenciés
Les premiers résultats de l’Eibc mettent en évidence des besoins différenciés selon les territoires. À Yopougon, les tensions portent notamment sur les techniciens de maintenance et les conducteurs routiers. Dans le Sud-Comoé, elles concernent davantage les métiers de l’agro-industrie, de l’hôtellerie et du marketing digital. Dans les régions du Nord, les besoins se concentrent sur les techniciens en irrigation, les métiers de la logistique et la gestion des points de vente dans le commerce informel.
Au-delà des compétences techniques, l’étude met également en avant une forte demande en compétences transversales. A savoir, l’ esprit d’initiative, la capacité d’adaptation, la résilience et le sens du relationnel apparaissent désormais comme des critères déterminants dans les processus de recrutement.
« Il nous fallait des données. Des données solides. Des données qui parlent vrai », a insisté Adama Kamara. Les résultats permettront notamment de réviser les programmes de formation, d’orienter les investissements, de renforcer les liens entre entreprises et centres de formation et d’accélérer la mise en œuvre de la Validation des acquis de l’expérience.
Pour le ministre, l’enjeu dépasse le seul champ technique. « Il y a, dans chaque jeune Ivoirien qui entre sur le marché du travail sans qualification, une promesse que nous n’avons pas encore tenue », a-t-il conclu, appelant à faire de la compétence un levier central de croissance et d’emploi en Côte d’Ivoire.
E.KOUAKOU