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L’administration Trump, revenue au pouvoir, a misé sur une stratégie controversée pour « résoudre » la crise à Gaza : externaliser la logistique humanitaire à des contractants militaires privés, officiellement pour garantir la sécurité sur le terrain. Le projet a reçu l’aval de Tel-Aviv et prévoit une implantation rapide de la GHF sur le territoire palestinien. Mais dès son annonce, l’idée a suscité l’alerte des Nations unies.
Selon Haaretz, deux entreprises américaines obscures, Safe Reach Solutions (SRS) et UG Solutions, ont été mandatées pour sécuriser les convois humanitaires. Ces sociétés sont dirigées par d’anciens agents de renseignement et des ex-membres de Blackwater, tristement célèbre pour son rôle dans les bavures et crimes de guerre en Irak. Leur mission : « assurer la sécurité des opérations » sans intervention directe de l’armée israélienne. Un euphémisme à peine voilé pour un contrôle armé et opaque de l’aide humanitaire.

une initiative américano-israélienne baptisée Gaza Humanitarian Foundation (GHF) sème l’inquiétude dans les rangs des Nations unies et de nombreuses ONG
Humanitaire ou business militarisé
Derrière cette opération se cache Phil Reilly, vétéran de la CIA et fondateur de l’entreprise RSR, spécialisée dans la logistique en zones de guerre. Il a recruté une équipe de “spécialistes” – agents de sécurité, logisticiens, anciens militaires – certains rémunérés jusqu’à 1 100 dollars par jour, avec primes à l’appui. Pour de nombreux analystes, cette “professionnalisation” de l’aide masque une privatisation dangereuse : les logiques de profit et de contrôle sécuritaire ont pris le pas sur l’urgence humanitaire.
Des voix s’élèvent contre cette militarisation de l’aide. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dénonce une initiative « pilotée par des acteurs occidentaux issus du renseignement et de la sécurité, sans aucune participation palestinienne, ni dans sa conception, ni dans son exécution ». L’aide serait ainsi sous conditions, contrôlée militairement, imposée via des checkpoints où les Palestiniens doivent désormais passer entre soldats israéliens et contractuels armés.
Une ONG rejetée par la communauté humanitaire
La GHF, malgré son label « ONG indépendante », n’est soutenue que par Israël et les États-Unis. Les Nations unies, ainsi que la plupart des ONG humanitaires, refusent d’y collaborer. Le chef des affaires humanitaires de l’ONU, Tom Fletcher, estime que la GHF « ne couvre qu’une partie limitée de Gaza, au mépris des besoins vitaux dans d’autres zones. » L’ONG Refugees International parle d’ »opacité préoccupante », tandis que Matt Duss, du Center for International Policy, évoque une « stratégie de déplacement forcé déguisée en assistance ».
Le plus grave, selon les experts : ce dispositif transformerait l’aide humanitaire en cible militaire. Les vrais acteurs humanitaires risqueraient de fuir la zone, craignant d’être assimilés à une opération militaire.

(photo humanity 4): L’ONU s’alarme d’un projet qui instrumentalise la famine comme levier politique, réduisant l’aide à une monnaie d’échange au profit d’intérêts stratégiques (Ph : DR)
Une population au bord de l’effondrement
À Gaza, 2,3 millions de personnes déplacées, des hôpitaux détruits à 94 %, une école bombardée le 26 mai avec 36 morts. Selon Médecins Sans Frontières, 70 000 enfants nécessitent un traitement urgent contre la malnutrition aiguë. C’est dans ce chaos que la GHF compte déployer ses équipes de sécurité privée, avec des règles d’engagement toujours inconnues.
L’ONU s’alarme d’un projet qui instrumentalise la famine comme levier politique, réduisant l’aide à une monnaie d’échange au profit d’intérêts stratégiques. Derrière le vernis de la GHF, c’est une aide humanitaire sous contrôle militaire, un détournement sécuritaire orchestré loin des standards internationaux, qui se met en place. Pour les ONG, ce n’est pas une solution : c’est un précédent dangereux. Et pour les Palestiniens de Gaza, c’est une double peine : la guerre, puis l’aide en armes.
Eric KOUAKOU