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Avec deux buts d’avance et moins de cinq minutes à tenir face à la Belgique, les Lions de la Téranga semblaient avoir un pied en huitièmes de finale. Mais les Diables rouges ont renversé une situation qui paraissait désespérée en inscrivant deux buts en l’espace de trois minutes avant de s’imposer (3-2 après prolongation) grâce à un but à la 125e minute. Le scénario laisse un goût particulièrement amer. Pendant près de 85 minutes, les hommes de Pape Thiaw avaient dominé les débats, contenant les offensives belges et faisant preuve d’une grande justesse tactique. Puis tout s’est écroulé dans les derniers instants.
Le Sénégal n’est pourtant pas un cas isolé. Quelques jours plus tôt, la Rd Congo avait longtemps cru tenir son exploit contre l’Angleterre après avoir ouvert le score dès la 7e minute. Les Three Lions ont finalement inversé la rencontre dans le dernier quart d’heure. La Côte d’Ivoire a également quitté la compétition avec d’immenses regrets face à la Norvège, incapable de concrétiser sa domination avant de céder dans les moments décisifs. L’Afrique du Sud, elle aussi, avait laissé échapper une qualification qui semblait pourtant à sa portée. Au total, quatre sélections africaines ont vu leur parcours s’arrêter après avoir mené au score ou résisté jusqu’aux dernières minutes face à des adversaires européens. À chaque fois, le scénario est similaire : une baisse d’intensité, une perte de maîtrise et une incapacité à gérer les temps faibles lorsque la pression devient maximale.
Le constat dépasse la simple question du niveau technique. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Rd Congo et l’Afrique du Sud ont démontré qu’elles pouvaient rivaliser avec les meilleures nations européennes pendant une grande partie de leurs rencontres. Elles ont parfois même dicté le rythme du jeu. Mais à ce niveau de compétition, les matches se décident souvent dans les derniers instants. La lucidité, la discipline tactique et la gestion émotionnelle deviennent alors déterminantes. C’est précisément dans ce secteur que les sélections africaines ont payé le prix fort.
Cette faiblesse n’a d’ailleurs pas échappé au sélectionneur belge, Rudi Garcia.
Au micro de la RTBF, l’ancien entraîneur de Lille, Marseille ou encore Lyon a livré une analyse qui a rapidement fait réagir : « On connaît ces équipes, elles perdent la maîtrise tactique vers la fin du match. » Puis il a développé sa lecture du scénario : « À 2-0, on savait qu’ils feraient tout pour préserver leur avantage, ce qui est, à mon avis, une grave erreur. Rappelez-moi, quand on mènera 2-0, de ne pas faire ça ! Parce que lorsque vous prenez un but comme ils l’ont pris pour le 2-1, le match change complètement d’âme. Nous avons ensuite été capables d’égaliser. » Une sortie qui pourra être jugée provocatrice, voire condescendante, mais qui met en lumière une réalité observée tout au long de cette Coupe du monde. Plusieurs sélections africaines ont choisi de défendre très bas pour préserver leur avantage, laissant progressivement l’initiative à leurs adversaires jusqu’à perdre le contrôle de la rencontre.
Le Maroc fait figure d’exception. Les Lions de l’Atlas ont, au contraire, montré une remarquable capacité de résilience en arrachant une égalisation dans le temps additionnel contre les Pays-Bas, avant de poursuivre leur parcours. Pour les autres représentants africains, ce Mondial laisse un sentiment paradoxal. Jamais les écarts avec les grandes nations n’ont semblé aussi réduits dans le jeu. Mais jamais les erreurs de gestion des fins de match n’auront coûté aussi cher. Tant que ce dernier palier ne sera pas franchi, les exploits africains continueront de se transformer en immenses regrets.
Axel KONE